82 citernes nigériennes brisent le blocus jihadiste au Mali

Jean-Baptiste Ngoma
4 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

Le 22 novembre 2025, 82 camions citernes arborant les couleurs du Niger ont franchi les portes de Bamako, livrant plusieurs millions de litres de carburant au Mali. L’opération, saluée par les autorités de transition maliennes, constitue la première riposte visible, à l’échelle de l’Alliance des États du Sahel, au blocus imposé depuis août par le Jnim.

Le blocus jihadiste fragilise Bamako

Depuis plus de deux mois, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda, cible les corridors d’importation de produits pétroliers. La raréfaction du gasoil a paralysé les transporteurs, mis à l’arrêt des groupes électrogènes et renchéri les denrées dans la capitale comme dans les régions, exacerbant une crise socio-économique déjà aiguë.

Un pont logistique signé Alliance des États du Sahel

Pour Niamey, Ouagadougou et Bamako, réunis depuis janvier 2024 au sein de l’AES, l’enjeu dépasse le simple secours énergétique. Il s’agit de prouver la capacité de la confédération à mutualiser ses moyens militaires et civils afin de contourner les menaces non étatiques et d’affirmer une souveraineté régionale face aux pressions extérieures.

Un symbole stratégique pour Niamey

En rappelant « le soutien du Mali lors de la crise avec la Cédéao », l’ambassadeur nigérien Abdou Adamou a replacé l’initiative dans la continuité de la solidarité affichée après le coup d’État de juillet 2023 à Niamey. L’acheminement de 1 400 kilomètres, sécurisé par des escortes conjointes, confirme la reprise en main des axes Tillabéri-Sahel burkinabè-Bamako par les trois armées.

Échos à Bamako : entre soulagement et scepticisme

Aux abords du dépôt de Sogoniko, certains Bamakois ont salué « un geste qui redonne espoir ». D’autres dénoncent une opération « folklorique », arguant que la capitale consomme, selon les estimations d’experts, jusqu’à 150 citernes par jour. Les files interminables devant les stations-service rappellent l’ampleur de la pénurie et la nécessité de livraisons régulières.

Analyse d’un économiste malien

Pour un analyste du secteur énergétique, « 82 citernes représentent moins d’un jour de demande urbaine, mais l’impact psychologique est réel ». Le message envoyé au marché, ajoute-t-il, pourrait dissuader les spéculateurs et stabiliser, à court terme, les prix du fret intérieur, condition sine qua non à la reprise des activités artisanales et agricoles.

Vers des opérations sécuritaires communes

Boubacar Ba, directeur du Centre d’analyse sur la gouvernance et la sécurité au Sahel, voit dans la manœuvre « la préfiguration d’actions militaires d’accompagnement ». La coordination logistique des trois états-majors pourrait, selon lui, être reproduite pour libérer des localités sous blocus, sécuriser des mines aurifères ou protéger des projets d’infrastructures transfrontaliers.

Contexte et calendrier

Le convoi intervient trois mois après la sortie de l’AES de la Cédéao et une semaine avant la réunion ministérielle de la nouvelle confédération prévue à Ouagadougou. Bamako, dont la raffinerie de Koury fonctionne en deçà de ses capacités, cherche des fournisseurs alternatifs. Le Niger, exportateur modeste mais stratégique, teste ainsi sa diplomatie énergétique sur fond de sanctions allégées.

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Jean-Baptiste Ngoma est éditorialiste économique. Diplômé en économie appliquée, il suit les grandes tendances du commerce intra-africain, les réformes structurelles, les dynamiques des zones de libre-échange et les flux d’investissements stratégiques. Il décrypte les enjeux macroéconomiques dans une perspective diplomatique et continentale.