Ce qu’il faut retenir
L’Assemblée populaire nationale examine une proposition de loi érigeant la colonisation française en crime imprescriptible. Après six ans de gestes contrastés d’Emmanuel Macron, Alger remet la mémoire au cœur de la relation bilatérale. Entre opinion publique chauffée à blanc et partenariats gaziers stratégiques, Paris navigue sur une ligne de crête.
Contexte
En février 2017, en pleine campagne, Emmanuel Macron déclare à Alger que la colonisation fut « un crime contre l’humanité » (France24). Cette rupture symbolique nourrit alors l’espoir d’une ère nouvelle mais provoque une tempête dans les rangs conservateurs français.
À la demande du président, l’historien Benjamin Stora remet en janvier 2021 son rapport sur la mémoire franco-algérienne, préconisant archives ouvertes, restitutions et commissions d’historiens (Le Monde). Macron valide plusieurs recommandations, sans franchir le Rubicon des excuses officielles.
Ce compromis reste toutefois jugé timoré par Alger. En août 2022, le chef de l’État français précise à nouveau chercher « la vérité plutôt que la repentance », suggérant qu’aucun acte d’excuse ne serait posé à court terme (AFP).
Calendrier
L’hiver 2023 s’ouvre sur une interview présidentielle réaffirmant que « la France n’a pas à s’excuser » pour la période coloniale. Quelques semaines plus tard, l’Assemblée algérienne inscrit la criminalisation de la colonisation à son agenda législatif, signe d’une impatience croissante vis-à-vis de Paris.
Dans le même temps, l’évolution supposée de la position française sur le Sahara occidental – perçue à Alger comme un rapprochement avec Rabat – accentue la méfiance. Pour nombre de députés algériens, la loi apparaît comme un levier de pression dans ce nouveau triangle Paris-Alger-Rabat.
Acteurs
Le Mouvement de libération nationale, héritier politique du FLN, parraine le texte. Ses élus affirment « poursuivre la bataille juridique commencée le 19 mars 1962 » et réclament réparation symbolique (El Watan). Le président Abdelmadjid Tebboune, soucieux de préserver l’électorat nationaliste, laisse le Parlement occuper le devant de la scène.
Côté français, Emmanuel Macron jongle entre impératif mémoriel et agendas stratégiques : sécurisation d’importations gazières, coopération antiterroriste au Sahel, et soutien d’une diaspora de cinq millions de Franco-Algériens.
Au sein de l’Union européenne, plusieurs partenaires observent cette séquence avec inquiétude. Bruxelles s’appuie sur Alger pour réduire la dépendance énergétique à l’égard de Moscou ; une crispation durable entre les deux rives de la Méditerranée contrarierait cette stratégie.
Scénarios
Première hypothèse : la loi est adoptée telle quelle. Elle contraindrait Paris à gérer des contentieux juridiques potentiels, notamment sur les biens spoliés ou les restes humains détenus dans les musées. La relation bilatérale entrerait alors dans une phase de forte glaciation diplomatique.
Deuxième option : un compromis politique émerge autour d’une commission conjointe vérité-justice. Macron pourrait ouvrir davantage d’archives avant le soixantième anniversaire de l’indépendance algérienne, tandis que l’Assemblée d’Alger accepterait d’atténuer le volet pénal du texte.
Troisième scénario : la dimension économique reprend le dessus. La hausse des exportations algériennes de GNL vers la France en 2024 offrirait un terrain d’entente pragmatique, reléguant la mémoire au second plan sans pour autant la solder.
Dans tous les cas, la diaspora franco-algérienne demeurera un baromètre. Les municipalités françaises, déjà actives sur des projets de coopération décentralisée, pourraient jouer les médiateurs culturels et académiques, illustrant combien la diplomatie des villes complète désormais celle des États.

