Le Conseil constitutionnel camerounais a tranché : Maurice Kamto, figure majeure de l’opposition, ne participera pas à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. La haute juridiction a rejeté, mardi 5 août, son recours pour « absence de fondement », confirmant ainsi l’invalidation de sa candidature décidée le 26 juillet par le Conseil électoral (Elecam).
Ce verdict marque la fin d’un long bras de fer judiciaire et politique, mais ouvre un nouveau chapitre dans la perception internationale de la scène politique camerounaise.
Un revers pour l’opposition, une épreuve pour la crédibilité internationale ?
Ancien président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et arrivé deuxième à la présidentielle de 2018, Maurice Kamto avait tenté de contourner les restrictions du code électoral en se présentant sous la bannière du Manidem. Le MRC, ayant boycotté les municipales et législatives de 2020, ne disposait plus d’élus, condition indispensable pour présenter un candidat.
Mais la double investiture au sein du Manidem a fourni à l’administration le motif juridique pour écarter la candidature de l’opposant. La décision, irrévocable, intervient dans un contexte politique tendu : forces de l’ordre déployées à Yaoundé, préventivement équipées pour le maintien de l’ordre, et plusieurs interpellations aux abords du Conseil constitutionnel.
Cette exclusion fragilise l’image démocratique du Cameroun sur la scène internationale. Les chancelleries occidentales suivent avec attention ce scrutin qui pourrait être, à nouveau, dominé par Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et candidat à un huitième mandat.
La diplomatie camerounaise sous tension
Pour les observateurs africains et internationaux, cette affaire dépasse le cadre national. « L’éviction de Kamto est scrutée par les partenaires étrangers du Cameroun, qui cherchent des signaux d’ouverture démocratique avant de renforcer leurs engagements économiques ou sécuritaires », explique un diplomate basé à Addis‑Abeba, siège de l’Union africaine.
Déjà, certaines ONG comme Human Rights Watch s’inquiètent de « l’intolérance persistante du gouvernement face à l’opposition », évoquant une répression accrue depuis 2024. De leur côté, plusieurs capitales africaines craignent qu’un climat politique verrouillé ne complique la coopération régionale, notamment sur les dossiers sécuritaires sensibles que sont la lutte contre Boko Haram au nord et la crise anglophone à l’ouest.
L’effet domino sur la diplomatie africaine
L’élection camerounaise est observée comme un test pour la diplomatie africaine à l’ère des transitions démocratiques difficiles. Alors que l’Afrique de l’Ouest est confrontée à une vague de coups d’État et que l’Afrique centrale reste marquée par la longévité des régimes, la stabilité institutionnelle du Cameroun est un enjeu régional.
Selon un diplomate de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) :
« L’exclusion de Kamto risque de réduire la marge de manœuvre du Cameroun dans ses discussions avec ses partenaires internationaux. Les bailleurs de fonds et les États voisins attendent des signaux de dialogue inclusif pour continuer à soutenir ses efforts sécuritaires. »
À deux mois du scrutin, l’opposition camerounaise tente de se réorganiser autour d’une candidature commune. Mais la décision contre Maurice Kamto confirme la difficulté pour les forces politiques alternatives d’émerger face à un pouvoir solidement enraciné.
Pour la diplomatie africaine, le dossier camerounais devient un cas d’école : comment concilier stabilité politique et respect des standards démocratiques, sans compromettre la coopération régionale et la crédibilité internationale des États concernés ?
Qui est Maurice Kamto ?
Né le 15 février 1954 à Bafoussam, Maurice Kamto est un juriste de renommée internationale et un acteur politique majeur du Cameroun contemporain. Agrégé de droit public et ancien président de la Commission du droit international de l’ONU, il a contribué à la résolution pacifique du conflit de Bakassi avec le Nigeria dans les années 1990 et 2000.
Ministre délégué auprès du ministre de la Justice de 2004 à 2011, il quitte le gouvernement pour fonder en 2012 le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Candidat à la présidentielle de 2018, il revendique la victoire face à Paul Biya et devient le symbole d’une opposition déterminée mais régulièrement confrontée à la répression. Son éviction du scrutin 2025 marque un nouveau tournant dans sa carrière politique et dans l’histoire politique récente du Cameroun.

