COP32 à Addis : l’Afrique met ses solutions en vitrine

Jean-Baptiste Ngoma
6 mn de lecture

Addis-Abeba décroche la COP32

La candidature d’Addis-Abeba à l’organisation de la 32ᵉ Conférence des Parties sur le climat a été adoptée à l’unanimité par le groupe Afrique, réuni le 11 novembre à Belém, en marge de la COP30. Sauf surprise lors du passage en plénière, l’Éthiopie accueillera en 2027 le premier sommet climatique d’Afrique de l’Est.

La décision répond à la règle tournante entre régions de l’ONU : après l’Amérique latine pour 2025 et une COP31 encore en négociation, c’est au continent d’assurer la séquence 2027. Les diplomates africains ont salué un « choix naturel » qui doit « élargir l’espace des solutions venues d’Afrique », selon plusieurs participants joints par nos soins.

Pour l’Éthiopie, un symbole panafricain

Pour les défenseurs du dossier, accueillir la COP revient à célébrer un récit panafricain. « Addis symbolise la renaissance et la justice », plaide le négociateur togolais Sena Alouka, rappelant la récente mise en service du Grand barrage de la Renaissance, financé presque exclusivement sur fonds éthiopiens, et le rôle historique du pays au sein de l’Union africaine.

Le Premier ministre Abiy Ahmed y voit l’occasion de projeter l’image d’une Éthiopie résiliente, pionnière des programmes de reboisement lancés en 2019, et d’ancrer l’agenda continental sur l’adaptation, le financement et la restauration des écosystèmes. La COP32 devra, selon Addis, faire passer le continent du statut de victime climatique à celui de pourvoyeur de solutions.

Logistique et capacités hôtelières

Sur le plan logistique, Addis-Abeba fait valoir l’expérience de grands sommets, dont celui du climat africain qui a réuni jusqu’à 25 000 délégués. Les autorités recensent déjà 15 000 à 20 000 lits hôteliers et promettent d’atteindre 50 000 d’ici deux ans en modernisant les infrastructures existantes et en mobilisant des villes périphériques reliées par une rocade urbaine récente.

La compagnie Ethiopian Airlines, premier hub aérien du continent, s’est engagée à multiplier les fréquences régionales et long-courriers durant la période du sommet. Les travaux d’extension de l’aéroport de Bole, ainsi que la ligne de train électrique vers Djibouti pour le fret, sont mis en avant pour prouver la capacité d’absorption d’un événement placé sous haute attention médiatique.

Rivalités continentales Nigeria-Éthiopie

L’attribution confirme la montée en puissance diplomatique d’Addis-Abeba face à Lagos et Abuja, également candidates. Le Nigeria avait mobilisé un lobbying soutenu, mais les vingt-cinq pays du Groupe Afrique ont finalement estimé que la capitale éthiopienne offrait un terrain plus neutre et davantage aligné sur l’agenda climat, loin de la dépendance aux hydrocarbures.

La concurrence amicale entre les deux géants illustre le recentrage africain autour de la diplomatie climatique, désormais considérée comme levier d’investissement. D’après une source au Bureau des négociateurs, l’Éthiopie a convaincu en brandissant la cohérence entre ses politiques domestiques et ses engagements internationaux, ainsi que la perspective de coopérations Sud-Sud, notamment avec les pays francophones du Bassin du Congo.

Les attentes du Groupe Afrique

Derrière la logistique, les attentes politiques sont élevées. Le groupe Afrique souhaite faire de la COP32 un rendez-vous pivot sur la mise en œuvre du Fonds « pertes et dommages », le renforcement des engagements financiers pour l’adaptation et la reconnaissance de la contribution des peuples autochtones. « La justice climatique doit devenir tangible », insiste Sena Alouka.

La forêt occupera une place centrale, à la suite de l’initiative brésilienne TFFF lancée à Belém. Les délégations africaines défendront une approche combinant gestion communautaire, souveraineté sur les crédits carbone et valorisation des savoirs traditionnels. Plusieurs ONG, comme 350.org, mettent en garde contre le risque de captation par les grands fonds, appelant à une architecture inclusive.

Quelles retombées pour le Bassin du Congo ?

Pour le Congo-Brazzaville, gardien de la deuxième forêt tropicale mondiale, la perspective d’une COP en terre africaine représente une fenêtre stratégique. Brazzaville milite déjà pour un Mécanisme international de valorisation du carbone forestier, compatible avec les cycles régionaux de la CEMAC, et compte sur Addis pour consolider une coalition de financement durable du Bassin du Congo.

En alignant sa diplomatie verte sur la feuille de route panafricaine, le Congo se positionne comme acteur de passerelle entre l’Afrique centrale francophone et l’Afrique de l’Est. L’agenda 2027 devra donc articuler restauration forestière, développement des corridors logistiques et industrialisation propre, afin que le narratif des « solutions africaines » se traduise en retombées concrètes pour les économies riveraines.

Vers une COP plus sobre et inclusive

Le format même du sommet pourrait évoluer. Des voix comme celle de Sena Alouka plaident pour un dispositif hybride, combinant négociations en ligne et sessions physiques resserrées. L’objectif est de réduire l’empreinte carbone des délégations et de limiter l’emprise des lobbies privés qui, selon le négociateur togolais, « transforment la conférence en foire commerciale ».

L’idée fait son chemin : un mois de discussions virtuelles suivies d’une semaine de conclave décisif au siège d’Addis-Abeba permettrait aux États africains aux budgets limités de participer pleinement. Addis envisage déjà des salles connectées dans les capitales régionales afin d’élargir l’inclusion à la société civile et aux diasporas, sans sacrifier l’efficacité diplomatique.

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Jean-Baptiste Ngoma est éditorialiste économique. Diplômé en économie appliquée, il suit les grandes tendances du commerce intra-africain, les réformes structurelles, les dynamiques des zones de libre-échange et les flux d’investissements stratégiques. Il décrypte les enjeux macroéconomiques dans une perspective diplomatique et continentale.