Ce qu’il faut retenir
Le 7 décembre 2025, une fraction de l’armée béninoise s’est retranchée dans le camp de Togbin et a tenté de prendre la télévision nationale. Moins de quatre heures plus tard, des chasseurs nigérians partis de Lagos ont neutralisé les positions mutines, ouvrant la voie à un déploiement terrestre d’Abuja.
Cette intervention, réclamée par Cotonou via deux notes verbales successives, sera au menu du sommet des chefs d’État de la Cedeao le 14 décembre à Abuja, précédé d’un Conseil des ministres décisif. Elle cristallise la ligne dure du président Bola Tinubu contre les putschs dans l’espace ouest-africain.
Contexte régional ouest-africain
Le Bénin partage plus de sept cents kilomètres de frontière poreuse avec le Nigeria. Aux yeux d’Abuja, toute déstabilisation dans ce couloir côtier menace directement sa sécurité intérieure, déjà éprouvée par les trafics transfrontaliers et les violences communautaires du nord.
En 2023, l’onde de choc venue du Niger avait rappelé la fragilité institutionnelle régionale. Depuis, Abuja répète qu’il « ne restera pas spectateur ». Cette posture trouve un écho particulier à Cotonou, dont le gouvernement, confronté à une mutinerie inédite depuis deux décennies, a invoqué sans hésiter la solidarité de voisinage.
Chronologie d’une riposte éclair
Le matin du 7 décembre, les insurgés occupent d’abord l’antenne de l’Office de radiodiffusion et télévision du Bénin. Leur message, aussitôt brouillé, n’est jamais diffusé. Simultanément, la garnison loyaliste encercle le camp de Togbin mais manque de puissance de feu pour lancer l’assaut final.
À 12 h 47, selon une source sécuritaire béninoise, deux F-7 NI nigérians entrent dans l’espace aérien, effectuent trois passes et détruisent l’artillerie des mutins. Le vacarme suffit à démoraliser les putschistes, qui négocient leur reddition moins d’une heure plus tard sous médiation de leurs pairs.
Le même soir, un contingent terrestre nigérian, dont l’effectif n’a pas été précisé, franchit la frontière par Sèmè-Kraké. Sa mission, souligne la présidence d’Abuja, consiste à « consolider la victoire des forces béninoises » avant un retrait progressif sitôt la situation « totalement normalisée ».
Une diplomatie assumée par Abuja
Devant la presse, le chef de la diplomatie nigériane, Yusuf Maitama Tuggar, insiste sur « la rapidité et l’habileté » de son homologue Olushegun Adjadi Bakari. Il voit dans leurs échanges la preuve qu’« nous, diplomates, sommes autorisés à faire de la diplomatie » même pendant une crise armée.
Aux critiques sur une ingérence, le ministre rétorque : « Nous ne nous rendrions pas service si la République du Bénin rencontrait un problème et que nous ne contribuions pas à le résoudre de manière décisive ». Ce positionnement reflète la doctrine Tinubu, forgée après le coup d’État de Niamey.
Enjeux pour la Cedeao et le Bénin
À Abuja, la session ministérielle de la Cedeao doit formaliser un rapport sur l’affaire de Cotonou avant qu’il ne soit transmis aux chefs d’État. Plusieurs diplomates redoutent qu’une jurisprudence se crée, invitant les pays côtiers à solliciter directement des voisins puissants plutôt que l’organe régional collectif.
D’autres estiment au contraire que l’exemple béninois renforce la dissuasion contre les aventuriers. « Les personnes comme moi ont grandi sous un régime militaire », rappelle Tuggar, déterminé à défendre une ligne pro-démocratie vendredi. La présence d’une armée étrangère sur le sol béninois demeure toutefois un sujet sensible dans les rangs parlementaires.
En interne, la démarche béninoise confirme que l’assistance militaire d’urgence peut être activée sans passer par le délai, parfois long, de convocation d’un sommet extraordinaire. Le double envoi de notes verbales montre que la diplomatie classique reste un outil opérant même face à une menace ponctuelle.
Pour le gouvernement du président Patrice Talon, l’intervention aura également valeur de précédent dissuasif, tout en réaffirmant l’engagement constitutionnel du pays envers la Cedeao. C’est ce message qu’entend porter la délégation béninoise à Abuja, où se jouera la bataille de la narration autour du putsch avorté.
Les chefs d’État se retrouveront à Abuja le 14 décembre, trois jours après la session ministérielle, pour entériner les recommandations. À cette occasion, le Nigeria pourrait rappeler la menace d’une force d’attente, brandie en 2023 contre Niamey mais jamais déployée. Reste à savoir si les capitales côtières suivront.

