Coup avorté au Bénin: le réveil spectaculaire de la Cédéao

Séhou Dossou
4 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

Le putsch tenté à Cotonou s’est effondré après des frappes aériennes nigérianes et l’arrivée annoncée de troupes venues de quatre pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Interrogé par Christophe Boisbouvier, l’analyste Gilles Yabi estime que ce n’est pas la Cédéao qui vacille, mais l’ensemble du système politique ouest-africain.

Contexte immédiat à Cotonou

Les officiers rebelles s’étaient retranchés dans un camp militaire de la capitale économique béninoise. Leur fenêtre d’action fut brève : hier, l’aviation nigériane a ciblé le site, obligeant les mutins à se disperser sans véritable affrontement urbain prolongé.

Dans la soirée, Abuja, Accra, Lomé et Niamey ont annoncé le déploiement de détachements conjoints pour « protéger l’ordre constitutionnel ». Cette présence préventive vise à dissiper toute velléité de retour des insurgés et à rassurer un pouvoir civil fragilisé par la surprise du soulèvement.

Le signal stratégique de Lagos

En ordonnant des frappes hors de ses frontières, le Nigeria a rappelé qu’il dispose, seul, des moyens de projection les plus crédibles de la sous-région. Le geste confirme son rôle de garant militaire implicite du Protocole d’assistance mutuelle de la Cédéao.

Au-delà de la démonstration de force, Abuja s’adresse aussi aux opinions publiques régionales : toute remise en cause des gouvernements civils se heurtera désormais à une réaction rapide, coordonnée, et potentiellement musclée.

Une Cédéao sous stress institutionnel

Pour Gilles Yabi, la tentation serait grande de déclarer l’organisation moribonde après les coups d’État récents dans le Sahel. Pourtant, la réponse collective au dossier béninois illustre la persistance d’un minimum de cohésion stratégique.

L’analyste rappelle que la Cédéao dispose d’outils normatifs solides, inscrits dans ses protocoles de 1999 et 2001. « La crise est ailleurs », souligne-t-il, évoquant les défis socio-économiques et la fatigue démocratique qui traversent les sociétés ouest-africaines.

La séquence démontre que la mécanique de sécurité régionale peut encore fonctionner, pour peu qu’un consensus politique se forge entre capitales prêtes à assumer le coût opérationnel.

Regards croisés de la société civile

À Dakar comme à Abidjan, plusieurs organisations citoyennes saluent une « clarification nécessaire »: la défense de l’ordre constitutionnel ne se limite pas à des communiqués, elle s’incarne dorénavant sur le terrain. Cependant, ces acteurs demandent que l’intervention soit accompagnée d’un suivi sur les libertés publiques et la lutte contre la corruption.

Les médias béninois, pour leur part, insistent sur l’importance d’un dialogue national afin de refermer au plus vite la parenthèse putschiste et de prévenir toute dérive sécuritaire robuste qui ignorerait les causes profondes du malaise civil-militaire.

Scénarios pour la stabilité régionale

À court terme, la présence des forces ouest-africaines devrait consolider la transition vers un retour à la normale institutionnelle. Les mutins en fuite ne disposent plus d’un sanctuaire logistique viable.

Sur le moyen terme, le succès de Cotonou pourrait servir de précédent dissuasif, à condition que la Cédéao maintienne la même détermination face à d’éventuels imitateurs. Faute de quoi, l’effet de surprise retombera vite.

Enfin, la crise rappelle la nécessité de réformes économiques inclusives. Sans amélioration tangible des conditions de vie, prévient Yabi, les armées continueront d’être perçues comme des arbitres possibles des impasses politiques.

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