Coup d’État avorté au Bénin: secrets d’une riposte-éclair

Séhou Dossou
6 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

Le Bénin a sollicité dès les premiers tirs l’appui du Nigeria et de la Côte d’Ivoire. Les deux voisins ont insisté pour agir sous le parapluie juridique de la CEDEAO, engageant une série de visioconférences d’urgence entre chefs d’État. Quatre armées ont finalement été déployées, appuyées par le renseignement français, permettant de neutraliser les putschistes en moins de vingt-quatre heures.

Première alerte à Cotonou

Dimanche 7 décembre, peu après l’aube, des rafales retentissent dans le périmètre présidentiel de Cotonou. La garnison rebelle tente d’occuper des points stratégiques, mais la riposte loyaliste ferme rapidement les accès au port et à l’aéroport. Dans la confusion, le palais contacte Abuja et Abidjan pour une assistance militaire immédiate, selon une source sécuritaire béninoise.

Diplomatie téléphonique au sommet de la CEDEAO

À 7 h 00 TU, les lignes cryptées crépitent entre Abuja, Abidjan, Accra, Freetown et Lomé. « On doit y aller », tranche un chef d’État, d’après un participant cité par RFI (8 décembre). La Côte d’Ivoire pose toutefois une condition : toute décision doit être suivie d’effets, évitant la réédition du cas nigérien où la menace d’intervention était restée lettre morte.

Crédibilité régionale en jeu

Le général Julius Maada Bio, président sierra-léonais et président en exercice de la CEDEAO, rappelle que l’organisation se trouve à l’épreuve de sa pertinence. « Si nous n’intervenons pas, notre crédibilité est perdue », martèle-t-il selon un conseiller présent à l’échange. Abuja, un instant visé par la remarque ivoirienne, assure que cette fois la logistique et la volonté politique sont au rendez-vous.

Une coalition en quatre couleurs

En moins de six heures, le format de la force est arrêté : Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire et Sierra Leone fourniront des compagnies d’infanterie, des moyens héliportés légers et un détachement de forces spéciales. Le Ghana, qui partage des frontières terrestres avec le Bénin via le Togo, s’engage à ouvrir un corridor humanitaire et logistique pour l’évacuation des civils et l’acheminement du matériel lourd.

Chronique d’un déploiement express

À 15 h 00 TU, les premiers hélicoptères nigérians se posent à l’aéroport de Cotonou, sécurisé par la gendarmerie béninoise. À 17 h 30 , un détachement ivoirien prend position autour du siège de la télévision nationale occupé par les insurgés. La reddition intervient à 21 h, sans combat majeur, selon le ministère béninois de la Défense, qui évoque « dix-sept arrestations et aucun blessé civil ».

Le renseignement français, catalyse discret

Paris, qui coopère étroitement avec l’armée béninoise dans la lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée, transmet dès la matinée les images de drones et les interceptions radio localisant les chefs rebelles. « Ces informations ont permis un ciblage précis, limitant les effets collatéraux », confie un officier d’état-major ouest-africain. Officiellement, la France n’a ni troupes ni avions engagés.

Raisons d’un putsch avorté

Les motivations des mutins restent floues. Des sources évoquent un mécontentement lié à la réforme des soldes et aux nominations internes. D’autres avancent l’hypothèse d’un mouvement d’humeur instrumentalisé par des réseaux politico-économiques frustrés par la lutte contre la contrebande à la frontière nigériane. Le parquet militaire a ouvert une enquête, promettant transparence et respect des droits de la défense.

Enseignements pour la sécurité ouest-africaine

L’opération béninoise constitue un précédent : la CEDEAO a montré qu’elle pouvait passer du verbe à l’action en moins d’une journée. Les États sahéliens suspendus de l’organisation observent avec attention cette démonstration de force, tandis que les chancelleries étrangères saluent une réponse « proportionnée et légitime ». Reste à consolider le financement pérenne d’une telle capacité de projection régionale.

Perspectives post-intervention

Le Bénin entend désormais renforcer la cohésion de ses forces armées par un audit interne et un plan de carrière modernisé. Abuja propose un programme de formation conjointe centré sur la gestion des menaces hybrides, tandis qu’Accra plaide pour un partage des renseignements transfrontaliers. La Commission de la CEDEAO prépare, de son côté, un mécanisme de veille civile déployé à Cotonou pour trois mois.

Calendrier à surveiller

Une session extraordinaire des ministres de la Défense ouest-africains est attendue à Abuja d’ici au mois prochain pour tirer les leçons opérationnelles de la crise. À la même période, la Cour constitutionnelle béninoise devrait statuer sur la validité des poursuites contre les militaires impliqués, ouvrant la voie à un procès devant un tribunal spécial, probablement au premier trimestre suivant.

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