Ce qu’il faut retenir
Sous les dorures du palais de la Moncloa, Pedro Sánchez et Aziz Akhannouch ont bouclé quatorze conventions allant du numérique à l’agro-industrie. Les ministres ont salué une relation « magnifique » (TelQuel), pourtant grevée voici deux ans par la crise Brahim Ghali. À présent, Madrid soutient le plan d’autonomie marocain sur le Sahara occidental, tournant le dos à sa neutralité historique (El País).
- Ce qu’il faut retenir
- Contexte historique des tensions Rabat-Madrid
- Une dynamique relancée par l’intérêt mutuel
- La question du Sahara occidental au cœur du pacte
- L’économie comme moteur discret du rapprochement
- Gestion migratoire : un levier politique central
- Calendrier des prochaines échéances
- Acteurs et priorités stratégiques
- Scénarios de coopération régionale
Contexte historique des tensions Rabat-Madrid
Depuis l’indépendance marocaine, chaque décennie charrie son lot de frictions : pêche dans les eaux atlantiques, enclaves de Ceuta et Melilla, flux migratoires ou contentieux saharien. L’hospitalisation en 2021 du leader du Front Polisario en Espagne a tendu les relations jusqu’à la suspension de la coopération frontalière, illustrant le caractère inflammable du dossier sahraoui (Al-Araby Al-Jadeed).
Une dynamique relancée par l’intérêt mutuel
La reprise du dialogue bilatéral en 2022 s’explique moins par la seule bonne volonté que par un calcul partagé. Rabat sécurise un partenaire européen pivot pour ses exportations et sa diaspora, tandis que Madrid stabilise sa frontière sud et espère diversifier son approvisionnement énergétique, notamment via le gazoduc Maghreb-Europe rouvert partiellement (El Confidencial).
La question du Sahara occidental au cœur du pacte
En mars 2022, une lettre de Pedro Sánchez au roi Mohammed VI a reconnu « la proposition d’autonomie marocaine comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour régler le conflit. Ce virage, salué à Rabat, a suscité des réserves au sein de la coalition gouvernementale espagnole et des critiques d’Alger, parrain du Polisario, révélant la portée régionale de cette décision (Le Matin).
L’économie comme moteur discret du rapprochement
Le commerce bilatéral a dépassé 17 milliards d’euros en 2022 selon l’ICEX, faisant de l’Espagne le premier client et fournisseur du Maroc. Les nouveaux protocoles signés à Madrid visent l’essor du cloud souverain, la modernisation cadastrale et la gestion des risques sismiques. Les PME espagnoles espèrent aussi pénétrer les chantiers d’hydrogène vert lancés par Rabat.
Gestion migratoire : un levier politique central
La coopération policière a repris pleinement, avec des patrouilles mixtes en mer d’Alboran et un échange de données biométriques. Depuis le rétablissement du contrôle conjoint en avril 2022, les arrivées irrégulières aux Canaries ont chuté de 27 % selon le ministère espagnol de l’Intérieur. Madrid lie désormais son soutien diplomatique au Sahara à la continuité de ces résultats sécuritaires.
Calendrier des prochaines échéances
La commission mixte énergétique doit se réunir au premier trimestre 2025 pour finaliser le tracé du câble électrique sous-marin Maroc-Espagne. Rabat prépare en parallèle la candidature conjointe avec l’Espagne et le Portugal pour la Coupe du monde 2030, plateforme de soft power et de co-branding géopolitique. Les élections législatives espagnoles, prévues fin 2024, pourraient toutefois rebattre les cartes.
Acteurs et priorités stratégiques
Outre les chefs de gouvernement, les ministres de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska et Abdelouafi Laftit pilotent le volet migratoire. Nadia Fettah, à l’Économie, cible les fonds européens de transition verte, tandis que José Manuel Albares multiplie les visites à Rabat pour verrouiller l’axe diplomatique. Les grandes entreprises, d’Iberdrola à l’ONCF, façonnent concrètement cette relation par des co-investissements structurants.
Scénarios de coopération régionale
Si la normalisation se consolide, le couple Madrid-Rabat pourrait devenir moteur d’une intégration énergétique euro-maghrébine, des interconnexions gazières aux projets d’éolien offshore. À l’inverse, un regain de tensions au Sahara ou une fermeté accrue d’Alger sur l’approvisionnement gazier replacerait les deux capitales dans une logique de donnant-donnant, confirmant la nature transactionnelle que relève El Confidencial.

