Des réseaux Brics à Abidjan : l’incroyable pari Don Mello

Kouassi Traoré
5 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

En annonçant depuis Moscou la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel ivoirien, Ahoua Don Mello franchit une étape décisive dans une trajectoire singulière : quatorze années d’exil, une rupture consommée avec Laurent Gbagbo et une proximité revendiquée avec les cercles Brics, autant d’éléments qui structurent sa stratégie.

Contexte politique ivoirien

La scène politique d’Abidjan se recompose depuis la création du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire. Écarté de cette formation pour avoir défendu une ligne plus ouvertement souverainiste, l’ancien ministre de l’Équipement fait désormais cavalier seul, fort de son expérience gouvernementale et d’un discours axé sur la relance industrielle.

Calendrier électoral décisif

Le calendrier électoral, fixé par la Commission électorale indépendante, offre à Don Mello un tempo serré : mobiliser l’électorat rural, convaincre les classes moyennes urbaines et rassurer les investisseurs avant l’ouverture officielle de la campagne. Entre le 12 août et le 15 septembre, il a multiplié les contacts pour baliser cette phase.

Acteurs autour d’Ahoua Don Mello

Autour de lui gravitent d’anciens cadres du dernier gouvernement Gbagbo, des technocrates rentrés d’exil et quelques figures de la société civile. Tous ont en commun d’avoir été marginalisés par les instances dirigeantes du PPA-CI et d’entretenir, depuis des postes universitaires ou consulaires, des relais en Afrique centrale, en Afrique australe et au sein de la diaspora.

Réseaux tissés durant l’exil

L’exil, commencé après la crise post-électorale de 2010, a été mis à profit pour tisser un réseau dense, des palais africains aux think tanks russes. Conférences, forums économiques et missions d’expertise sur les infrastructures ont servi de fil rouge, permettant à Don Mello de positionner son expertise comme levier diplomatique et d’asseoir des alliances transcontinentales.

Cap sur Moscou et les Brics

À Moscou, où il a séjourné un mois, le vice-président de l’Alliance internationale des Brics s’est entretenu avec parlementaires, chefs d’entreprises et universitaires russes. Les discussions, centrées sur l’industrialisation de l’Afrique, visaient à ouvrir des financements conjointement pilotés par des banques russes et la Nouvelle banque de développement, bras financier du bloc émergent.

Lecture souverainiste de l’industrialisation

Cette option s’inscrit dans une lecture souverainiste de la mondialisation : diversification des partenariats, substitution partielle aux bailleurs traditionnels et contrôle accru des chaînes de valeur nationales. L’ancien ministre défend un modèle où les États structurent l’industrialisation, mais laissent aux capitaux privés la charge d’opérer, réconciliant planification stratégique et esprit d’entreprise.

Retombées régionales potentielles

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse le seul scrutin présidentiel. Les corridors routiers vers le Mali et le Burkina Faso, les plateformes portuaires d’Abidjan et de San-Pedro ainsi que la future méga-zone africaine de libre-échange constituent autant de nœuds logistiques que Don Mello veut arrimer à l’écosystème Brics afin de sécuriser les débouchés régionaux.

Atouts et limites de la plateforme

Ses promoteurs mettent en avant un carnet d’adresses panafricain, forgé entre Brazzaville, Douala et Addis-Abeba, ainsi que sa posture d’ingénieur formé à la planification. Ses détracteurs pointent une absence d’appareil politique solide sur le terrain ivoirien et des alliances internationales susceptibles de heurter certains partenaires occidentaux déjà engagés dans la transformation industrielle du pays.

Scénarios de coalition

Faute de majorité automatique, plusieurs scénarios se dessinent : accord de principe avec des partis d’opposition pour un gouvernement d’union nationale, entente ponctuelle sur des réformes institutionnelles ou maintien d’une candidature autonome jusqu’au second tour. La capacité du candidat à faire converger les agendas souverainistes et les aspirations sociales sera déterminante.

Message aux diasporas

Les diasporas, courtisées lors d’escales à Paris, Montréal et Johannesburg, représentent un relais financier et médiatique non négligeable. Don Mello multiplie les visioconférences pour mobiliser ces communautés, proposant des instruments d’investissement dédiés aux transferts de fonds et une représentation renforcée au Parlement, autant de mesures destinées à capter un vote souvent volatil.

Perspectives régionales

Si son projet aboutit, Abidjan pourrait servir de passerelle entre la façade atlantique et l’intérieur continental, offrant aux exportateurs russes et asiatiques un hub stable vers la CEDEAO. Les observateurs de la sous-région scruteront donc la capacité de Don Mello à transformer un capital diplomatique en avantage comparatif durable pour la Côte d’Ivoire.

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