Ce qu’il faut retenir
Le siège d’el-Fasher, capitale du Darfour-Nord, dure depuis dix-huit mois et plonge 260 000 habitants dans l’extrême précarité. À New York, le Quartet États-Unis, Arabie saoudite, Égypte et Émirats arabes unis affirme avoir convaincu les Forces de soutien rapide de laisser entrer l’aide. Washington évoque des « discussions intenses » pour enclencher aussi un dialogue de paix.
Contexte humanitaire à el-Fasher
Dans la dernière semaine de septembre, les FSR ont mené des frappes de drones qui ont tué vingt-sept civils, selon des chiffres relayés par l’émissaire américain pour l’Afrique. La malnutrition aiguë frappe déjà les plus vulnérables, accentuant la « pire crise humanitaire actuelle » décrite par l’ONU, et faisant du Darfour le point noir du conflit soudanais.
El-Fasher reste la seule grande agglomération de la région encore tenue par l’armée nationale. Les convois humanitaires sont bloqués depuis plus d’un an, et les rares stocks médicaux sont épuisés. Les organisations d’aide insistent sur l’urgence d’un accès sécurisé pour prévenir une catastrophe nutritionnelle et sanitaire aux conséquences régionales.
Calendrier diplomatique onusien
Le 24 septembre, en marge de l’Assemblée générale, les chefs de la diplomatie des quatre pays concernés ont effectué une revue de la situation. Ils ont réaffirmé « l’unité de leur position » et leur priorité à l’ouverture immédiate d’un corridor vers el-Fasher, ont rapporté plusieurs participants.
La veille, l’émissaire américain Massad Boulos avait présenté aux deux parties belligérantes un schéma de négociation articulé autour de principes généraux : cessez-le-feu local, garantie d’accès humanitaire et reprise d’un dialogue direct. Les États-Unis jugent qu’« aucun camp n’a l’avantage militaire durable », créant la fenêtre pour un compromis.
Acteurs et jeux d’influence
Le Quartet joue la carte d’une répartition des rôles. Riyad, qui avait accueilli des pourparlers infructueux en 2023, garde la médiation sécuritaire. Le Caire insiste sur la sauvegarde de l’intégrité territoriale soudanaise, tandis qu’Abou Dhabi, proche historique des paramilitaires, met à profit ses canaux avec les FSR pour neutraliser les résistances à l’acheminement de l’aide.
Pour Washington, l’enjeu dépasse l’urgence humanitaire. L’administration américaine veut éviter un nouvel ancrage durable de la crise au cœur du Sahel et contenir les risques d’instabilité transfrontalière. Massad Boulos a souligné devant la presse la nécessité de « rassembler un front cohérent capable de parler d’une seule voix aux deux généraux rivaux ».
Depuis avril 2023, la guerre entre le général Abdel Fattah al-Burhan et le général Mohamed Hamdane Dagalo, dit Hemedti, a fait des dizaines de milliers de victimes et provoqué le déplacement de plusieurs millions de personnes. Toutes les initiatives de cessez-le-feu ont jusque-là échoué, du fait d’une méfiance mutuelle enracinée et d’une évolution militaire fluctuante.
Scénarios pour la diplomatie régionale
Les diplomates évoquent trois trajectoires. Le scénario optimiste verrait l’entrée rapide de convois sous escorte neutre, suivie d’une suspension localisée des hostilités et de pourparlers indirects à Riyad, créant un précédent pour d’autres poches assiégées au Darfour.
Un scénario médian impliquerait une aide limitée, soumise à des autorisations ponctuelles des FSR et à la tolérance de l’armée, sans garantie de continuité. La situation humanitaire resterait critique, et la pression internationale devrait s’intensifier pour s’imposer face au calcul militaire des deux camps.
Enfin, le scénario de blocage ne peut être exclu. Une reprise des combats autour d’el-Fasher ruinerait l’engagement obtenu par le Quartet et plongerait la ville dans un cycle de violences urbaines prolongées. Dans cette hypothèse, les Nations unies redoutent un exode massif supplémentaire vers les pays voisins déjà fragilisés par d’autres crises régionales.

