Ce qu’il faut retenir
Réuni en session spéciale le 14 novembre 2025, le Conseil des droits de l’homme a voté une résolution exigeant l’identification exhaustive des auteurs d’exactions commises à El-Fasher, prise par les Forces de soutien rapide (FSR) le 26 octobre. L’organe onusien veut enclencher des poursuites capables de briser l’impunité qui nourrit depuis deux ans et demi le conflit soudanais.
- Ce qu’il faut retenir
- Contexte d’une guerre interminable
- El-Fasher, verrou stratégique du Darfour
- Des scènes qualifiées de nettoyage ethnique
- Le mandat d’enquête adopté à Genève
- Volker Türk monte le ton
- Les ressorts juridiques à l’épreuve
- Pressions régionales encore timides
- Calendrier des prochaines échéances
- Acteurs et intérêts croisés
- Scénarios d’évolution
- Quel rôle pour la diplomatie africaine ?
Contexte d’une guerre interminable
Depuis le 15 avril 2023, l’armée commandée par le général Abdel Fattah al-Burhan affronte les FSR de Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti. Les combats ont déjà causé plusieurs milliers de morts et contraint douze millions de personnes à l’exil interne ou transfrontalier, selon le Bureau de la coordination humanitaire des Nations unies. L’économie est en ruine et les services publics se sont effondrés.
El-Fasher, verrou stratégique du Darfour
Capitale du Darfour-Nord, El-Fasher comptait près d’un million d’habitants avant le siège. Carrefours commerciaux et corridors humanitaires y convergent : sa chute offre aux FSR un tremplin vers les gisements aurifères de Jebel Marra et vers la frontière libyenne. Les communautés Fur, Zaghawa et Masalit y ont payé un tribut sanglant, ciblées pour leur identité non-arabe, détaille le Haut-Commissariat.
Des scènes qualifiées de nettoyage ethnique
À Genève, l’experte Mona Rishmawi a évoqué une « université transformée en abattoir », où des civils affamés cherchaient refuge. Les témoignages font état de cadavres entassés dans les rues et de fosses creusées à la hâte autour de la ville. « Si cela n’est pas un génocide, qu’est-ce donc ? », a lancé le délégué soudanais, illustrant la tension lexicale au sein du Conseil.
Le mandat d’enquête adopté à Genève
Par 29 voix contre 15 et trois abstentions, la résolution confie à la Mission d’établissement des faits sur le Soudan le soin de collecter preuves matérielles, images satellitaires et témoignages, afin de dresser des listes nominatives de suspects. Le texte réclame également un accès humanitaire sans entrave et exhorte les États à cesser toute livraison d’armes aux belligérants.
Volker Türk monte le ton
Le Haut-Commissaire, déjà auteur d’une vingtaine d’alertes publiques, estime que « personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ». Il appelle à un embargo intégral et à une saisine de la Cour pénale internationale si les juridictions soudanaises demeurent paralysées. Son discours vise à accélérer la bascule du dossier du registre diplomatique vers le registre pénal.
Les ressorts juridiques à l’épreuve
La CPI conserve compétence sur le Darfour depuis la résolution 1593 du Conseil de sécurité, adoptée en 2005. Toutefois, sans coopération de Khartoum ni mandat d’arrestation exécuté, l’option d’une justice hybride, inspirée du modèle centrafricain ou sénégalais, refait surface. La mission d’enquête pourrait en fournir les briques factuelles avant une éventuelle négociation entre l’UA et les autorités de transition.
Pressions régionales encore timides
L’Autorité intergouvernementale pour le développement a proposé une médiation, restée lettre morte. L’Union africaine a suspendu le Soudan mais peine à imposer des sanctions ciblées. Le Tchad s’inquiète d’un débordement vers Abéché. L’Égypte craint un reflux supplémentaire de réfugiés vers la vallée du Nil. Faute de consensus, l’initiative onusienne devient la principale boussole normative.
Calendrier des prochaines échéances
Le rapport intermédiaire de la mission est attendu au premier trimestre 2026, juste avant la session ordinaire du Conseil des droits de l’homme. À New York, une présentation au Conseil de sécurité pourrait suivre, soumise au veto potentiel des membres permanents. Entre-temps, les humanitaires espèrent sécuriser un couloir via Port-Soudan pour approvisionner El-Fasher en vivres et en carburant.
Acteurs et intérêts croisés
Les FSR, financées en partie par l’or artisanal et des soutiens extérieurs présumés, cherchent une victoire symbolique au Darfour. L’armée régulière, plus hiérarchisée, joue la carte du nationalisme. Les puissances du Golfe redoutent une interruption des routes maritimes vers la mer Rouge, tandis que l’Union européenne craint une nouvelle vague migratoire en Méditerranée.
Scénarios d’évolution
Un cessez-le-feu vérifié par l’ONU et l’UA reste l’issue la moins coûteuse humainement, mais nécessite une pression concertée sur les fournisseurs d’armes. Le statu quo signifierait l’enlisement urbain, propice à de nouveaux massacres. L’hypothèse d’une victoire militaire décisive de l’un des camps paraît lointaine, tant l’équilibre des forces demeure précaire et fragmenté.
Quel rôle pour la diplomatie africaine ?
Un engagement renouvelé du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, combiné à la mobilisation des mécanismes d’alerte précoce de la CIRGL, pourrait réorienter la dynamique. Le mandat d’enquête de Genève rappellera à chaque capitale que l’inaction crée sa propre traçabilité, car les crimes les plus graves n’expirent jamais devant la conscience juridique internationale.

