Ce qu’il faut retenir
La décision américaine d’autoriser ou non la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) tient en haleine Nairobi, Washington et plus de trente capitales africaines. Depuis vingt-cinq ans, cette loi donne un accès en franchise de droits à plus de 6 000 produits africains. Sa disparition, attendue mardi, mettrait aussitôt en péril des dizaines de milliers d’emplois, dont 66 000 rien qu’au Kenya (BBC).
- Ce qu’il faut retenir
- Un pilier du partenariat Afrique-États-Unis
- Tension sociale dans les ateliers de Nairobi
- Investissements menacés
- Diplomatie économique kenyane
- Mobilisation continentale à l’ONU
- Un échange plus équilibré ?
- Cap sur la Zone de libre-échange continentale
- Scénarios d’ici mardi
- Entre discours et réalité de terrain
Un pilier du partenariat Afrique-États-Unis
Conçue pour remplacer l’aide par le commerce, l’Agoa est souvent présentée comme la « clé de voûte » des relations économiques entre le continent et Washington. Au Kenya, l’accord a permis d’exporter pour 470 millions de dollars de vêtements vers les États-Unis en 2024, selon la Kenya Private Sector Alliance, dynamisant une filière qui emploie majoritairement des femmes.
Tension sociale dans les ateliers de Nairobi
À la zone franche de Shona EPZ, les machines industrielles ronronnent au ralenti. L’usine ne sort plus qu’un tiers de ses 500 000 pièces mensuelles, la clientèle américaine suspendant ses commandes dans l’attente d’un horizon clair. Pour la couturière Joan Wambui, 29 ans, un non-renouvellement signifierait « retourner à la case chômage dans un marché déjà saturé », confie-t-elle (BBC).
Investissements menacés
Le directeur de Shona EPZ, Isaac Maluki, rappelle que son entreprise a investi 10 millions de dollars en sept ans. « Sans extension, nous devrons licencier et peut-être fermer », avertit-il. Les 700 salariés n’ont pas tous les qualifications nécessaires pour rebondir ailleurs, d’autant que l’administration américaine a déjà imposé cette année un droit de 10 % sur les vêtements kényans, hors dispositif Agoa.
Diplomatie économique kenyane
Face à la menace, Nairobi a multiplié les offensives diplomatiques. Le ministre du Commerce, Lee Kinyanjui, plaide pour un « bref prolongement » afin de mettre en place des mécanismes de transition. Le président William Ruto a même annoncé vouloir conclure un accord bilatéral avec Washington d’ici la fin de l’année, tout en réclamant au minimum cinq années supplémentaires d’accès préférentiel au marché américain.
Mobilisation continentale à l’ONU
Au dernier débat annuel de l’Assemblée générale des Nations unies, la question du commerce a occupé le devant de la scène africaine. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a averti ses homologues des « conséquences sérieuses » qu’aurait une fin de l’Agoa pour Pretoria. La Communauté d’Afrique australe, le Lesotho ou encore Maurice défendent des positions convergentes, chacune cherchant à préserver ses chaînes de valeur.
Un échange plus équilibré ?
Pour l’analyste nigériane Teniola Tayo, les négociateurs africains doivent « clarifier ce qu’ils offrent et ce qu’ils attendent » des États-Unis. En l’absence de contre-propositions solides, Washington pourrait être tenté d’imposer de nouvelles concessions tarifaires ou réglementaires, alors que la précédente administration a multiplié les hausses de droits.
Cap sur la Zone de libre-échange continentale
Parallèlement, certaines capitales poussent pour diversifier leurs débouchés grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine. « Les échanges intra-africains permettent de vendre davantage de biens à forte valeur ajoutée », rappelle Mme Tayo. Encore embryonnaire, ce marché commun ne compensera pas, à court terme, l’accès sans droits au vaste marché américain, mais il offre une piste pour limiter la dépendance.
Scénarios d’ici mardi
Trois hypothèses se dessinent. Primo, le Congrès américain adopte une extension courte, donnant aux partenaires le temps de renégocier un cadre modernisé. Secundo, un sursis conditionnel serait accordé aux pays remplissant certains critères de gouvernance et d’ouverture, possibilité sur laquelle travaille le Bureau du représentant au commerce des États-Unis. Tertio, l’Agoa expire sans filet, entraînant la mise à pied immédiate de centaines de milliers de travailleurs.
Entre discours et réalité de terrain
Dans la cantine de Shona EPZ, Joan Wambui et ses collègues suivent les nouvelles provenant de Washington sur leurs téléphones. « Nous avons les idées et la volonté, il nous faut des opportunités », résume la jeune mère. Entre la temporalité des négociations internationales et l’urgence quotidienne de nourrir une famille, l’enjeu de la reconduction d’Agoa prend un visage résolument humain.

