Ce qu’il faut retenir
La France prépare en 2026 une nouvelle baisse de son Aide publique au développement, après avoir réduit d’un tiers l’enveloppe africaine de l’Agence française de développement en 2025. Brazzaville, exposée mais déterminée, multiplie les pistes pour financer son agenda climatique et de diversification économique.
Impact sur le Congo-Brazzaville
Les projets soutenus par l’AFD au Congo, évalués à près de 250 millions d’euros en 2024 selon la représentation de l’agence à Brazzaville, ont surtout ciblé la santé publique, l’agroforesterie et l’éducation. La contraction budgétaire annoncée crée un risque de ralentissement pour des programmes à haute valeur sociale.
Le gouvernement congolais, qui a fait de la protection du bassin du Congo un pilier de sa diplomatie climatique, insiste toutefois sur l’arrivée prochaine de financements carbone et sur l’accroissement des concours régionaux de la Banque de développement des États d’Afrique centrale afin de combler toute éventuelle brèche.
Contexte
En 2025, le budget global de l’AFD a été maintenu à 13,7 milliards d’euros, mais la quote-part africaine a reculé à 4 milliards, contre 6 milliards un an plus tôt. Le nombre de projets a chuté à environ 1 000, et les engagements climat sont passés de 7,7 à 7,4 milliards d’euros.
Acteurs
À Paris, le directeur général de l’AFD, Rémy Rioux, assure « réagir, s’adapter et trouver des solutions » en mobilisant des ressources européennes, des fondations privées ou des émissions obligataires, tout en rappelant que « seule la subvention couvre les besoins des pays n’ayant pas accès au prêt ». Les ONG françaises redoutent, elles, un effet ciseau sur le terrain.
Diversification des partenaires
Dans l’intervalle, Brazzaville active sa diplomatie économique. Le récent accord de principe signé avec la Banque mondiale pour un appui budgétaire ciblé sur l’emploi des jeunes, et l’intensification du dialogue avec Eximbank of China sur les infrastructures routières, illustrent la volonté de ne pas dépendre d’un seul bailleur.
La présidence mise aussi sur la Conférence des partenaires et investisseurs du Bassin du Congo, annoncée pour le second semestre 2026 à Oyo, pour capter des flux verts d’obligations carbone volontaires. Plusieurs fonds spécialisés européens et asiatiques ont déjà manifesté un « intérêt substantiel », selon la direction générale de l’Économie du ministère des Finances.
Stratégies de l’AFD et réactions des ONG
À l’AFD, la stratégie consiste désormais à prioriser les projets générateurs de revenus, susceptibles d’être refinancés sur les marchés, et à déployer des instruments mixtes combinant prêts concessionnels et garanties souveraines. Les équipes basées à Libreville, référentes pour l’Afrique centrale, reconnaissent « un besoin d’ingénierie renforcé » afin de préserver l’impact social.
Les coalitions humanitaires congolaises redoutent toutefois d’être contraintes de revoir à la baisse leurs ambitions, notamment sur les programmes d’accès à l’eau en milieu rural. Selon l’ONG Action Santé Afrique, la réduction de 2025 a déjà provoqué un décalage de six mois sur le démarrage d’un projet de centres de santé communautaires dans le Pool.
Calendrier et perspectives 2026
Le projet de loi de finances français pour 2026 doit être présenté au Parlement à l’automne 2025. Les coupes pressenties, évaluées à 700 millions d’euros sur l’APD, seront précisées au premier semestre 2026 lors de la publication des comptes définitifs de l’AFD. Brazzaville dispose donc d’un an pour ajuster sa programmation budgétaire.
Innovation financière verte
Depuis 2022, le Trésor congolais travaille à la structuration d’un futur « Congo Sustainable Bond » de 300 millions de dollars, adossé aux recettes forestières et certifié par la Climate Bonds Initiative. La table ronde technique, coprésidée par Afreximbank et la CEA, doit finaliser le cadre d’émission avant la fin 2025.
Les autorités estiment que cette expérience pilote pourrait servir de catalyseur à une plateforme sous-régionale de titrisation du carbone, renforçant ainsi l’autonomie financière des États d’Afrique centrale face aux aléas de l’aide classique. Des pourparlers exploratoires sont déjà engagés avec la Bourse de Douala.
Diplomatie parlementaire
Le Parlement congolais, par la voix de la Commission des finances, compte organiser au début 2026 une audition multipartite pour évaluer l’impact de la baisse de l’AFD et proposer un cadre législatif incitatif aux partenariats public-privé. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie nationale Cap 2025, axée sur la transparence et l’attractivité.
Scénarios
Trois scénarios se dessinent. Dans le plus optimiste, les coupes sont partiellement compensées par Bruxelles et par de nouveaux investisseurs privés, limitant l’impact sur les projets sociaux. Le scénario intermédiaire suppose un recentrage de l’AFD sur les grands corridors d’infrastructures régionales. Dans l’hypothèse la plus serrée, la mise en œuvre serait suspendue sur plusieurs petites communes.

