Ce qu’il faut retenir
La République démocratique du Congo est traversée par une nouvelle controverse financière : plus de 100 millions $ destinés aux victimes des violences ougandaises auraient disparu. Le Centre de recherche en finances publiques et développement local accuse, tandis que la direction du FRIVAO nie tout détournement et exhibe ses propres comptes.
- Ce qu’il faut retenir
- Origine du fonds FRIVAO et indemnités attendues
- Des chiffres officiels encore flous
- La riposte de la direction du FRIVAO
- Bataille de narratifs à Kinshasa
- Mises en cause et détention préventive
- Victimes entre attentes et impatience
- Un enjeu de crédibilité pour l’État congolais
- Procédures judiciaires et cadres légaux
- Calendrier incertain des versements ougandais
- Scénarios possibles pour sortir de l’impasse
- Un test pour la justice congolaise
Origine du fonds FRIVAO et indemnités attendues
En février 2022, la Cour internationale de Justice a condamné l’Ouganda à verser 325 millions $ à Kinshasa pour les exactions commises dans l’est congolais entre 1998 et 2003. Pour canaliser les premières tranches, les autorités ont créé le Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda, en abrégé FRIVAO.
Des chiffres officiels encore flous
Selon le CREFDL, l’État congolais a déjà perçu 195 millions $ de Kampala. L’ONG affirme avoir éprouvé des difficultés à suivre les flux financiers mais soutient qu’un peu plus de 100 millions $ ne sont pas arrivés jusqu’aux bénéficiaires. L’objectif de désintéresser chaque victime n’aurait, insiste-t-elle, été atteint qu’à la marge.
La riposte de la direction du FRIVAO
Pour Jadot Bakam, assistant du coordonnateur du fonds, l’argumentaire du CREFDL est irrecevable. Il rappelle que le FRIVAO a reçu précisément 154 570 590 $, répartis entre deux mandataires successifs, et qu’au jour de ses déclarations le compte conservait 112 383 000 $. « Où voyez-vous un détournement de 100 millions $ ? », interroge-t-il.
Bataille de narratifs à Kinshasa
La controverse illustre les tensions récurrentes entre société civile et institutions chargées de la réparation post-conflit. Le CREFDL, habitué des audits citoyens, estime que la traçabilité demeure insuffisante et réclame un inventaire détaillé des victimes indemnisées. De son côté, le FRIVAO invoque la complexité des procédures et l’immensité d’un territoire meurtri.
Mises en cause et détention préventive
La polémique s’alourdit d’une dimension judiciaire : le coordonnateur du FRIVAO a été placé en détention préventive, sans que le motif précis ne soit rendu public. Son assistant continue d’assurer la gestion courante. Plusieurs magistrats financiers scrutent désormais les relevés bancaires et les ordres de virement depuis la création du fonds.
Victimes entre attentes et impatience
Dans les provinces du Kivu et de l’Ituri, les victimes des massacres, pillages et violences sexuelles attendent une compensation depuis deux décennies. Chaque rumeur de malversation ranime la crainte d’être à nouveau oubliées. Quelques centaines seulement auraient perçu des avances symboliques, loin de couvrir les pertes humaines et matérielles subies.
Un enjeu de crédibilité pour l’État congolais
La bonne gouvernance de ces ressources exceptionnelles engage la réputation internationale de la RDC, déjà confrontée à des défis de transparence budgétaire. Kinshasa devra démontrer sa capacité à gérer des flux liés à des décisions judiciaires internationales, sous le regard attentif de partenaires qui conditionnent souvent leur aide à la rigueur financière.
Procédures judiciaires et cadres légaux
Les procureurs ont annoncé l’ouverture d’investigations pénales pour déterminer d’éventuelles responsabilités. En parallèle, la Cour des comptes pourrait être saisie afin de vérifier la conformité des dépenses avec le décret fondateur du FRIVAO. À ce stade, aucun rapport d’audit officiel n’a été rendu public.
Calendrier incertain des versements ougandais
La CIJ a prévu un paiement échelonné sur cinq ans. Les prochaines tranches dépendront de la progression effective des versements ; les autorités congolaises craignent qu’une gouvernance opaque n’entraîne des retards ou des révisions. Kampala, tenu par la décision, suit de près l’évolution des débats à Kinshasa.
Scénarios possibles pour sortir de l’impasse
Trois pistes se dessinent. Première option : un audit indépendant sous égide internationale afin de restaurer la confiance. Deuxième option : un réexamen du mode de gouvernance, incluant des représentants de victimes au sein du FRIVAO. Troisième option : la voie judiciaire, seul juge de paix capable de lever définitivement les soupçons.
Un test pour la justice congolaise
« Laissons la justice faire son travail », martèle Jadot Bakam. Le parquet est donc au cœur du dispositif. En réussissant à élucider rapidement cette affaire, la magistrature congolaise rassurerait les bailleurs et surtout les victimes, premières concernées par l’effectivité de la réparation.

