Forage turco-somalien : un pari énergétique aux 40 milliards de barils

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Ce qu’il faut retenir

La Turquie confirme l’envoi en février de son navire de forage Abdülhamid Han au large de la Somalie, scellant l’accord bilatéral signé en 2024 (Anadolu).

Mogadiscio espère jusqu’à 40 milliards de barils de réserves, un gisement potentiellement décisif pour un budget dépendant à 60 % de l’aide extérieure (USGS).

Le partenariat inclut une dimension de sécurité maritime : Ankara patrouillera la zone économique exclusive somalienne, sensible aux tensions avec le Somaliland et aux menaces terroristes (VOA).

Contexte énergétique somalien

Après trois décennies d’instabilité, la Somalie réactive une stratégie hydrocarbures lancée dès les années 1980 puis gelée par la guerre civile. Le vote, en 2020, d’une loi sur le pétrole a clarifié la répartition des revenus entre l’État fédéral et les régions, condition préalable à l’arrivée des majors (Garowe Online).

Calendrier opérationnel

Liberty Petroleum a obtenu en mars 2024 deux blocs au large de Hobyo, annonçant un premier puits pour le second semestre 2025. Ankara, plus agile, mise sur un forage d’exploration en eau profonde dès le second trimestre 2024. Les données sismiques 2D et 3D collectées par Spectrum en 2014 serviront de feuille de route (Reuters).

Acteurs et intérêts croisés

Le président Hassan Cheikh Mohamoud voit dans le pétrole « un pont vers la reconstruction nationale », tandis que le ministre turc de l’Énergie Alparslan Bayraktar y lit « une nouvelle frontière pour l’industrie turque ». La compagnie publique TPAO opérera aux côtés de la Somali Petroleum Authority, garante de la réglementation et de la transparence (Daily Sabah).

Potentiel géologique sous surveillance

Les structures marines du bassin de l’Ogol rift et du delta du Juba présentent des analogies avec celles du Mozambique, où des découvertes majeures de gaz ont eu lieu. L’US Geological Survey estime entre 30 et 40 milliards de barils récupérables, mais les marges d’erreur restent fortes faute de puits de calibration. Seuls les carottes prévues en 2024 permettront de préciser le potentiel.

Enjeux sécuritaires et diplomatiques régionaux

Le déploiement naval turc s’inscrit dans une stratégie plus large de projection d’influence dans la Corne de l’Afrique, déjà visible à la base militaire de Mogadiscio depuis 2017. La sécurisation des eaux somaliennes fait écho à la recrudescence de la piraterie dans le golfe d’Aden et aux revendications séparatistes du Somaliland sur la façade maritime (International Crisis Group).

Une coopération gagnant-gagnant

Sur le plan économique, Ankara espère diversifier son approvisionnement énergétique, réduire sa facture d’importations et renforcer son industrie parapétrolière. Mogadiscio, de son côté, attend des retombées fiscales, des emplois qualifiés et des infrastructures portuaires modernisées. Les deux capitales misent également sur un renforcement de leurs positions au sein de l’Organisation des pays producteurs africains de pétrole naissante.

Scénarios d’évolution

Scénario optimiste : les premiers puits confirment des réserves commerciales, déclenchant une décision finale d’investissement d’ici 2027 et l’entrée en production en 2030.

Scénario médian : les découvertes restent marginales, freinant l’intérêt des investisseurs mais consolidant tout de même la coopération militaire turco-somalienne.

Scénario prudent : des enjeux sécuritaires ou juridiques retardent le forage, reportant la monétisation du potentiel et obligeant Mogadiscio à maintenir sa dépendance à l’aide internationale.

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Abdoulaye Diop est analyste en énergie et développement durable. Diplômé en sciences de l'environnement et sciences économiques, il couvre les enjeux des hydrocarbures, les partenariats pour la transition énergétique et les grandes infrastructures panafricaines. Il suit également les impacts géopolitiques des ressources naturelles sur la diplomatie africaine.