Ce qu’il faut retenir
Depuis Johannesburg, Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de sortir de l’impasse franco-algérienne. Paris et Alger réactivent, avec prudence, les groupes de travail sur la sécurité, la migration et l’économie. La grâce accordée à l’écrivain Boualem Sansal constitue, selon l’Élysée, un premier jalon concret.
- Ce qu’il faut retenir
- Une relation tourmentée, mais structurante
- Choc de 2025 et gel des canaux officiels
- Macron déroule la méthode « respect et exigence »
- Sécurité et Sahel : intérêts convergents
- Migration : vers un système de quotas négociés ?
- Boualem Sansal, symbole d’un dégel prudent
- Calendrier des prochaines étapes
- Contexte mémoriel toujours sensible
- Scénarios d’évolution
- Regards croisés Paris-Alger
- Acteurs clés à suivre
Une relation tourmentée, mais structurante
La France reste le premier partenaire commercial européen de l’Algérie, malgré une baisse de 12 % des échanges en 2024 (Douanes françaises). Dans l’autre sens, le gaz algérien couvre environ 8 % de la consommation hexagonale, rappelant le caractère stratégique du lien énergétique (Direction générale de l’énergie).
Choc de 2025 et gel des canaux officiels
La crise éclate quand le ministre français de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, multiplie des propos jugés « injurieux » à Alger sur la question mémorielle et le Sahara occidental (El Watan, 14 février 2025). Les autorités algériennes suspendent immédiatement la coopération migratoire et rappellent leur ambassadeur pour consultations.
Macron déroule la méthode « respect et exigence »
Au G20, le chef de l’État français a redit son credo : « pas de résultat durable dans l’invective ». Il s’appuie sur un format interministériel piloté par l’Élysée, chargé de rattraper le retard accumulé sur les dossiers de visas, d’expulsions et de circulation universitaire (AFP, 22 novembre 2027).
Sécurité et Sahel : intérêts convergents
La détérioration sécuritaire au Sahel, notamment après le retrait de la force Barkhane, rehausse l’intérêt pour un tandem Paris-Alger capable d’endiguer la poussée jihadiste dans le sud libyen et le nord malien. Alger coordonne déjà le Comité d’état-major opérationnel conjoint de Tamanrasset, plate-forme que Paris regarde à nouveau (Jeune Afrique, 3 octobre 2027).
Migration : vers un système de quotas négociés ?
L’Algérie réclame l’augmentation des visas d’étudiants et la facilitation des regroupements familiaux. La France, elle, souhaite accélérer le retour des Algériens en situation irrégulière. Le compromis évoqué table sur un mécanisme annuel de quotas croisés, assorti d’un suivi technique bi-parti, inspiré de l’accord de 2018 avec la Tunisie, selon une source diplomatique française.
Boualem Sansal, symbole d’un dégel prudent
L’écrivain, arrêté en 2026 pour « atteinte aux symboles de l’État », a bénéficié d’une grâce présidentielle le 6 novembre, quelques heures après l’appel téléphonique Macron-Tebboune. Sa libération, saluée par l’UNESCO, sert de geste de bonne volonté sans remettre en cause la souveraineté judiciaire algérienne.
Calendrier des prochaines étapes
La visite à Paris du ministre algérien des Affaires étrangères est programmée pour début 2028. Elle devrait finaliser deux accords : l’actualisation du traité d’amitié de 2003 et un protocole énergétique comprenant un volet hydrogène vert. Un sommet bilatéral des chefs d’État est envisagé au second semestre, sous condition de progrès vérifiables.
Contexte mémoriel toujours sensible
Les questions de mémoire coloniale restent le soubassement de la relation. Le rapport Stora 2021 a été salué mais peu mis en œuvre. Paris entend proposer la création d’un Institut Franco-Algérien d’Histoire Partagée, tandis qu’Alger insiste sur la restitution des archives de la période 1830-1962.
Scénarios d’évolution
Trois trajectoires se dessinent. Le scénario « coopération pragmatique » parie sur la signature rapide d’accords sectoriels. Le scénario « pause prolongée » verrait les équipes techniques dialoguer sans impulsion politique forte. Enfin, le scénario « recul » redeviendrait plausible si le climat électoral français ou algérien réactivait les réflexes nationalistes.
Regards croisés Paris-Alger
Pour la politologue algérienne Dalia Ghanem, « le maintien d’une communication directe entre présidences est la vraie nouveauté », alors que l’universitaire français Pierre Vermeren estime que « la symbolique de Sansal montre qu’Alger teste la sincérité de Paris ». Des points de vue convergents sur la nécessité de résultats tangibles.
Acteurs clés à suivre
Côté français : Catherine Colonna, nouvelle conseillère spéciale pour la Méditerranée, pilote le dossier. Côté algérien : le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf veut arrimer le partenariat à la Vision 2035 d’industrialisation. Les patronats Medef International et FCE préparent déjà un forum d’affaires conjoint à Marseille.

