G20 à Johannesburg : accord éclair malgré le boycott US

Jean-Baptiste Ngoma
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Ce qu’il faut retenir

Adoptée dès l’ouverture du sommet, la déclaration finale du G20 de Johannesburg entérine un appel à une « paix juste et durable » en Ukraine, au Soudan, en RDC et au Proche-Orient tout en inscrivant la dette, le climat et les minerais critiques dans la même équation.

Contexte diplomatique

Le gouvernement sud-africain, sous la houlette du président Cyril Ramaphosa, avait fait de l’adoption rapide du texte un objectif politique pour démontrer la capacité de l’Afrique à fédérer les vingt premières économies du monde autour d’une vision inclusive.

« Fruit d’un an de travail de tous les pays impliqués », a rappelé Vincent Magwenya, porte-parole de la présidence, en soulignant que le document ne serait plus rouvert et que les chefs d’État ne feraient lundi que réaffirmer les engagements déjà paraphés.

Un consensus sous tension

Aux 122 paragraphes parfois généraux, l’accord mêle la protection des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques à un plaidoyer pour la transparence de la dette, répondant aux inquiétudes de nombreux créanciers publics et privés et des pays africains lourdement endettés.

Le texte, imprégné de la philosophie Ubuntu, rappelle l’interdépendance des peuples et s’emploie à sauver la pertinence d’un multilatéralisme contesté, quitte à lisser les désaccords les plus tranchés entre grandes puissances sur le conflit ukrainien ou la situation au Proche-Orient.

Le multilatéralisme réaffirmé

Emmanuel Macron a reconnu que « nous avons beaucoup de mal à régler les grandes crises internationales autour de cette table », tandis que le Britannique Keir Starmer jugeait le chemin « difficile » et le Chinois Li Qiang dénonçait « l’unilatéralisme et le protectionnisme omniprésents », preuve que l’unité reste précaire.

En réponse, Cyril Ramaphosa s’est montré résolument optimiste, présentant le G20 comme la « preuve de la valeur de la coopération » et rappelant que les défis planétaires, de la dette climatique à la sécurité alimentaire, ne pouvaient être résolus que par des partenariats équitables.

L’absence américaine et ses implications

La dissonance la plus audible reste l’absence des États-Unis : Joe Biden a boudé Johannesburg et n’a délégué aucun haut responsable, se contentant d’indiquer que le chargé d’affaires à Pretoria pourrait récupérer la présidence tournante de 2026 qui revient à Washington.

Le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola a opposé une fin de non-recevoir, estimant qu’une passation ne saurait se faire qu’entre responsables « de même rang » et invitant Washington à dépêcher un émissaire de niveau présidentiel ou ministériel.

Place de l’Afrique dans l’agenda G20

Au-delà de l’incident, Pretoria souligne que plusieurs articles de la déclaration placent l’Afrique au centre du dialogue mondial : nécessité de sécuriser un approvisionnement équitable en minerais pour la transition énergétique, volonté d’améliorer la résilience climatique et exigence de davantage de transparence sur la dette souveraine.

Cette emphase répond aux revendications historiques du Sud global, lequel voit dans le G20 un levier pour obtenir une architecture financière plus juste et pour inscrire la souveraineté des matières premières dans les futures négociations commerciales.

Scénarios post-sommet

Pourtant, l’optimisme affiché à Johannesburg pourrait se heurter aux réalités géopolitiques : sans mécanisme contraignant, la déclaration relève davantage d’une feuille de route que d’un traité et sa mise en œuvre dépendra de la volonté politique des capitales.

La question de la présidence 2026 demeure également ouverte ; si la passation n’est pas réglée dans les prochains mois, l’option d’une cérémonie distincte dans un lieu neutre a été évoquée par Pretoria, signe d’une diplomatie sud-africaine soucieuse de préserver l’institution.

En attendant, l’Afrique du Sud savoure une victoire symbolique : celle d’avoir fait adopter un texte ambitieux sur son sol, malgré les dissensions et l’absence américaine, et d’avoir rappelé que le multilatéralisme, comme l’esprit Ubuntu, résiste encore aux vents contraires.

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Jean-Baptiste Ngoma est éditorialiste économique. Diplômé en économie appliquée, il suit les grandes tendances du commerce intra-africain, les réformes structurelles, les dynamiques des zones de libre-échange et les flux d’investissements stratégiques. Il décrypte les enjeux macroéconomiques dans une perspective diplomatique et continentale.