Ce qu’il faut retenir
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a annoncé à Riyad son intention de convier à Genève l’armée régulière soudanaise du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti. Objectif : rouvrir un canal de négociation clos depuis des mois et enclencher un cessez-le-feu crédible.
Le conflit, déclenché le 15 avril 2023, a déjà causé des dizaines de milliers de morts, déplacé douze millions de personnes et détruit des infrastructures vitales, transformant le Soudan en l’un des foyers humanitaires les plus graves de la planète.
Médiation onusienne à Genève
Antonio Guterres a fait de la future réunion un axe prioritaire après un entretien à Riyad avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, dont le pays s’implique depuis le début dans les pourparlers. « Nous tiendrons à Genève des réunions avec les deux côtés », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant l’absence de calendrier précis pour l’instant.
L’équipe du secrétaire général évoque un format « technique » destiné à créer les conditions d’une discussion politique plus large. D’après un porte-parole onusien, « rien n’est confirmé », mais la dynamique positive enregistrée à Riyad nourrit l’espoir d’une participation simultanée des deux délégations.
Contexte régional et rôle des médiateurs
Depuis avril 2023, plusieurs plateformes de médiation – l’initiative américano-saoudienne de Djeddah, les efforts de l’Union africaine et de l’IGAD – peinent à arracher un arrêt durable des hostilités. Le dernier projet de cessez-le-feu soumis par Washington est resté lettre morte, chaque partie posant des conditions jugées inacceptables par l’autre.
La visite de Guterres à Riyad réactive néanmoins la coordination avec l’Arabie saoudite, l’un des rares acteurs encore en mesure de parler directement aux deux chefs militaires soudanais, grâce à ses leviers économiques et financiers dans la région de la mer Rouge.
Calendrier diplomatique incertain
Aucune date n’a encore filtré sur la tenue des rencontres genevoises. Dans les couloirs de l’ONU, l’idée d’un round préliminaire fin trimestre circule, sans confirmation officielle. Les équipes onusiennes doivent d’abord sécuriser les modalités de déplacement des délégations, toujours soumises aux aléas sécuritaires et aux rivalités régionales.
La situation militaire mouvante complique l’agenda. Les FSR contrôlent désormais el-Fasher, clef du Darfour, et viennent de repousser l’armée gouvernementale dans une partie du Kordofan riche en hydrocarbures. Chaque avancée territoriale modifie le rapport de force et l’appétit de concessions des deux camps.
Acteurs clés et intérêts croisés
Outre Riyad, les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Tchad et l’Éthiopie scrutent la relance diplomatique, chacun cherchant à préserver ses lignes logistiques ou ses alliances sécuritaires. Au-delà de la région, Washington affirme vouloir s’impliquer davantage ; le président américain Donald Trump a indiqué qu’il « s’engagera personnellement » pour un règlement, signe de la montée en gamme du dossier à Washington.
L’Union africaine reste, elle, déterminée à conserver la maîtrise politique du processus. « Aucune solution durable ne se fera sans l’Afrique », rappelle un diplomate d’Addis-Abeba, qui voit dans Genève un espace “neutre mais pas hors sol”, susceptible d’accueillir les équipes UA, IGAD et ONU sur un même plateau.
Le rapport de forces militaire évolutif
L’armée soudanaise a perdu cette semaine des positions à Kordofan, couloir stratégique vers le Sud-Soudan riche en pétrole. Ce revers, après celui d’el-Fasher, pourrait l’inciter à davantage de souplesse dans les négociations afin de préserver ce qui reste de ses capacités et de ses ressources budgétaires.
Les FSR, elles, cherchent à transformer leur avantage tactique en capital politique en obtenant une reconnaissance de fait de leur contrôle territorial. Genève leur offrirait la première tribune internationale depuis le début de la guerre pour faire valoir leur légitimité.
Scénarios de sortie de crise
Plusieurs trajectoires se dessinent. Un accord de cessez-le-feu limité, précédé d’engagements humanitaires pour sécuriser les couloirs d’aide, serait la formule la plus immédiate. Un modèle inspiré de l’accord de Djeddah, amélioré sur le volet vérification, pourrait servir de socle.
Un second scénario verrait l’ONU parrainer un dialogue politique approfondi, incluant civils, partis et mouvements sociaux soudanais. Cette voie nécessite toutefois un silence des armes plus robuste et l’adhésion effective des parrains régionaux, toujours prudents face à une transition qui redistribuerait les cartes du pouvoir à Khartoum.
Une crise humanitaire hors norme
Au-delà de la diplomatie, l’urgence humanitaire pèse comme un compte à rebours. Près de douze millions de déplacés internes et réfugiés se trouvent exposés à des pénuries alimentaires aiguës, alors que la saison des pluies complique l’acheminement des secours vers le Darfour et le Nil Bleu.
L’ONU affirme avoir obtenu des assurances verbales pour accéder à el-Fasher, mais les agences onusiennes attendent toujours le feu vert opérationnel. Les ONG partenaires dénoncent « un sabotage systématique » des convois, ainsi que la destruction d’hôpitaux et de réseaux d’eau, qui laisse craindre une flambée épidémique.
La voie étroite de Genève
Genève n’offre aucune garantie de succès, mais représente la première fenêtre internationale depuis des mois capable de ramener les belligérants autour d’une même table. Son caractère neutre, couplé à la logistique onusienne, peut servir de catalyseur si les pressions régionales s’alignent.
Comme le rappelle un diplomate européen basé à New York, « le temps joue contre nous ». Chaque semaine de combats supplémentaires fragilise davantage la cohésion sociale soudanaise et alourdit la facture de la reconstruction. Dans ce contexte, l’initiative de Guterres apparaît comme la dernière carte d’une diplomatie qui se cherche encore un levier décisif.

