Tension post-électorale à Bissau
À Bissau, la proclamation officielle des résultats de la présidentielle patine, laissant place à une atmosphère de suspense et de rumeurs. L’opposant Fernando Dias affirme être retranché en lieu sûr tandis que des mandats d’arrêt auraient, selon lui, été envisagés contre son entourage au nom d’un supposé putsch.
Dans un échange accordé à RFI, l’ancien candidat insiste pourtant sur son sentiment de sécurité immédiate. Il dit compter sur la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine et l’ONU pour maintenir cette protection face à ce qu’il décrit comme des manœuvres persistantes du pouvoir.
Dias revendique la victoire
Sur le terrain électoral, Fernando Dias ne tergiverse pas : il s’autoproclame vainqueur du scrutin. Il soutient que le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, qui l’a appuyé, dispose de relevés concordants démontrant sa première place avant la consolidation nationale des votes.
D’après sa lecture, le président sortant Umaro Sissoco Embalo aurait tenté de corriger la tendance région par région avant de se résoudre, toujours selon Dias, à « transférer le pouvoir aux militaires » pour retarder la défaite. L’argument central de l’opposant tient dans la simultanéité entre le dépouillement et l’annonce d’un coup d’État.
Un « faux coup d’État » selon l’opposant
Le « faux putsch » dénoncé viserait, affirme-t-il, à donner le contrôle de la rue à des officiers présentés comme proches du chef de l’État. Pour Dias, la ficelle est visible : en 2019, dit-il, José Mario Vaz avait concédé la défaite à Embalo et la même norme démocratique doit primer cette année.
Le général Horta N’Tam au cœur du jeu
Au croisement des accusations se trouve le général Horta N’Tam, chef d’état-major de l’armée de terre, qui parle ouvertement d’une transition d’un an. L’opposant le somme publiquement de sécuriser la Commission électorale puis de la laisser publier le verdict, sans ingérence ni calendrier militaire parallèle.
Dans cette construction, la Commission reste, pour lui, l’organe légitime et unique détenteur de la vérité des urnes. Dias souligne que sa capacité à finaliser le dépouillement dépend désormais de la protection accordée par l’armée, dont il rappelle le serment supposé de neutralité institutionnelle.
CEDEAO et Union africaine interpellées
Face au blocage, l’ex-candidat réactive la diplomatie régionale. Il appelle la CEDEAO et l’Union africaine à dialoguer directement avec les chefs militaires pour « leur dire d’arrêter et de laisser la démocratie fonctionner ». À ses yeux, seule une pression coordonnée de ces organisations peut reposer le débat sur un terrain civil.
Les Nations unies sont également citées comme garantes potentielles d’une médiation et, surtout, de la sûreté personnelle des candidats. L’appel illustre la centralité de la sécurité individuelle dans une scène politique souvent exposée aux arrestations arbitraires chaque fois qu’une crise institutionnelle éclate.
Entre peur et appel au calme
Conscient de la nervosité ambiante, Fernando Dias exhorte cependant la population « au calme ». Il parie sur une restauration rapide de la « normalité » à travers les canaux diplomatiques, estimant que toute mobilisation de rue sans encadrement accroîtrait le risque de débordements ou de justification pour une prolongation militaire.
Perspectives de résolution
Dès lors, deux trajectoires se distinguent. La première, souhaitée par l’opposant, mènerait à l’annonce rapide des résultats, suivie d’un transfert pacifique de pouvoir. La seconde prolongerait la transition annoncée par le général, avec la possibilité d’un réaménagement institutionnel avant tout nouveau scrutin.
L’enjeu immédiat reste donc la conquête de la temporalité politique. Plus le vide juridique persiste, plus les militaires peuvent s’y installer, estime la partie civile. Inversement, l’affichage d’un calendrier électoral achevé pourrait rendre toute prolongation difficile à défendre sur la scène régionale.
Calendrier électoral sous pression
La loi électorale prévoit généralement quelques jours pour la consolidation des procès-verbaux, rappelait récemment Dias, arguant que ce délai est désormais largement dépassé. Selon lui, cette latence accrue alimente la suspicion et offre un terreau à toute intervention extra-constitutionnelle, qu’elle soit justifiée par la sécurité ou par l’ordre public.
Du côté des observateurs, la crédibilité future des scrutins en Guinée-Bissau se jouera sur la capacité de la classe politique et des forces armées à éviter la répétition de ce schéma. Un retour dans le cadre constitutionnel, souligne la société civile, faciliterait le partenariat avec les bailleurs multilatéraux dont dépend la stabilité économique.
Image internationale en suspens
En attendant, Bissau retient son souffle. Les regards convergent vers la Commission électorale et vers le quartier général du général Horta N’Tam, symboles d’une dualité de pouvoir qui rappelle la fragilité du processus démocratique bissau-guinéen. Le prochain geste, qu’il soit civil ou militaire, conditionnera l’image du pays auprès de ses partenaires.

