Kinshasa-Israël : la tournée d’influence d’Isaac Herzog

Jean-Baptiste Ngoma
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Ce qu’il faut retenir

La première visite en quarante ans d’un chef d’État israélien en République démocratique du Congo s’inscrit dans la mini-tournée africaine qu’Isaac Herzog a commencée en Zambie. Kinshasa saisit l’occasion pour mettre en vitrine ses atouts économiques et sa posture de médiateur régional.

Pour Israël, il s’agit de consolider un réseau d’appuis sur le continent, alors que la crise au Moyen-Orient accentue son besoin de relais diplomatiques. Pour la RDC, l’enjeu est de démontrer sa capacité à diversifier ses partenariats et à attirer des investissements ciblés.

Un déplacement chargé de symboles diplomatiques

Isaac Herzog a rappelé à Félix Tshisekedi que son père, Chaïm Herzog, avait fait escale à Kinshasa au temps de Mobutu Sese Seko, restaurant ainsi une continuité mémorielle prisée par les chancelleries.

Cette dimension symbolique a été renforcée par la promesse congolaise, réitérée devant la presse, de transférer prochainement son ambassade de Tel-Aviv vers Jérusalem, démarche que seuls quelques États africains ont osé accomplir jusqu’ici.

En retour, le chef de l’État israélien a salué les efforts diplomatiques de Kinshasa dans sa crise avec Kigali, et plaidé pour que l’attention internationale ne se limite pas au Levant mais se penche aussi sur l’instabilité qui sévit dans l’Est congolais.

Israël en quête d’alliances africaines diversifiées

Depuis 2020, Israël multiplie les ouvertures vers l’Afrique subsaharienne, de l’établissement de relations diplomatiques avec le Soudan aux accords de défense avec le Togo. Les votes à l’ONU, notamment sur la question palestinienne, rendent précieux chaque soutien africain.

L’étape congolaise s’insère donc dans une stratégie de densification des partenariats bilatéraux à dominante sécuritaire, mais aussi technologique, Tel-Aviv misant sur l’exportation de ses savoir-faire agritech, water-tech et cybersécurité pour conquérir de nouveaux marchés.

La RDC met en avant son potentiel stratégique

Félix Tshisekedi a égrené les domaines prioritaires où il souhaite des joint-ventures israéliennes : traitement des minerais critiques, valorisation agricole, production d’électricité hors réseau et recherche universitaire. L’Agence congolaise pour la transition écologique planche déjà sur des projets pilotes.

Les fonds d’investissement israéliens observent avec intérêt la dynamique du secteur cobalt-cuivre dans l’ex-Katanga, tandis que la start-up Nation voit dans l’immense bassin hydrologique congolais un laboratoire pour ses solutions d’irrigation goutte-à-goutte en climat équatorial.

Sécurité régionale et médiation : messages croisés

Alors que la Force de l’EAC s’apprête à se retirer de l’Est congolais, Kinshasa explore d’autres soutiens. Israël, fort de son expérience dans les systèmes de surveillance frontalière, pourrait proposer une assistance technique, sans engagement de troupes, ont confié des sources proches du dossier.

Parallèlement, la présidence congolaise peaufine son rôle de facilitateur dans la tension avec le Rwanda et entend capitaliser sur les contacts israéliens pour amplifier son plaidoyer dans les capitales occidentales, mais aussi auprès des pays du Golfe, partenaires de Tel-Aviv.

Contexte

La RDC et Israël entretiennent des relations souvent discrètes depuis la reprise officielle des liens en 1982. Tel-Aviv avait déjà fourni un appui logistique au régime de Mobutu dans les années 1980, avant une phase de mise en sommeil puis de réalignement progressif sous Joseph Kabila.

Calendrier

La visite d’Isaac Herzog intervient six semaines après l’allocution de Félix Tshisekedi devant l’Assemblée générale de l’ONU et six mois avant l’élection présidentielle congolaise prévue en décembre. Les deux capitales affirment vouloir tenir la première commission mixte RDC-Israël au premier semestre 2024.

Acteurs

Aux côtés des deux présidents, figuraient des cadres du ministère israélien des Affaires étrangères, des représentants d’Israel Chemicals Ltd., du Mossad économique, et le ministre congolais des Finances, Nicolas Kazadi, témoignant d’un format mêlant diplomatie politique, sécurité et prospection d’affaires.

Scénarios

Si le transfert de l’ambassade congolaise à Jérusalem se concrétise, Kinshasa pourrait bénéficier d’un accès prioritaire aux financements israéliens pour la gestion de l’eau et la cybersécurité. À défaut, les deux pays s’orienteraient vers un partenariat sectoriel graduel, sans bouleverser la ligne africaine de la RDC.

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Jean-Baptiste Ngoma est éditorialiste économique. Diplômé en économie appliquée, il suit les grandes tendances du commerce intra-africain, les réformes structurelles, les dynamiques des zones de libre-échange et les flux d’investissements stratégiques. Il décrypte les enjeux macroéconomiques dans une perspective diplomatique et continentale.