Le caftan marocain sacré à l’UNESCO : patrimoine et fierté

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Une reconnaissance patrimoniale mondiale

En entérinant l’inscription du caftan marocain sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel, le comité de l’UNESCO réuni à Kasane, au Botswana, a offert au royaume un levier supplémentaire de rayonnement culturel et d’attractivité touristique.

L’habillage officiel, que le ministère marocain de la Culture qualifie de « symbole vivant », couronne un savoir-faire pluri-séculaire transmis dans les médinas mais aussi dans les écoles de mode qui, depuis Casablanca, Rabat ou Fès, exportent désormais leurs créations aux quatre coins du globe.

Ce qu’il faut retenir

Ce qu’il faut retenir : l’UNESCO salue à la fois la richesse des motifs, la technicité de la broderie maalem et la dimension interconfessionnelle d’un vêtement façonné par des influences arabes, amazighes et juives depuis près de huit siècles.

Sur le plan économique, le secteur du caftan mobilise plus de 90 000 artisans, couturiers et intermédiaires, selon la Fédération marocaine de la couture traditionnelle, générant un marché domestique estimé à 1,2 milliard de dollars et des débouchés export en nette progression vers l’Europe et l’Amérique du Nord.

Contexte régional et identitaire

Le dossier marocain n’a pas échappé à l’inévitable dimension géopolitique : Alger revendique aussi la paternité du vêtement, assimilé sous le terme gandoura dans l’ouest algérien, alimentant depuis des années une rivalité mémorielle que la presse des deux rives relaie avec vigueur.

Rabat parle d’« appropriation culturelle » tandis que, côté algérien, des voix universitaires évoquent un patrimoine maghrébin partagé, affirmant que le caftan est né dans les ateliers andalous avant de gagner les cours royales de Fès et de Tlemcen.

Calendrier d’une candidature patiente

Le chemin vers Kasane a débuté en 2019, lorsque le ministère de la Culture a lancé un inventaire participatif, parcourant coopératives, zaouïas et maisons de couture pour collecter archives, patrons et témoignages oraux, conformément aux critères méthodologiques de la Convention de 2003.

Pendant quatre ans, les experts marocains ont travaillé avec l’ICESCO et la Commission nationale pour l’éducation, la science et la culture, bouclant un dossier de 80 pages soutenu par des vidéos et des engagements de sauvegarde articulés autour de la formation des apprentis et de la digitalisation des motifs.

Acteurs clés et coulisses diplomatiques

Dans les coulisses, la diplomatie culturelle marocaine pilotée par l’ambassadeur auprès de l’UNESCO, Samir Addahre, a multiplié les contacts, obtenant le soutien de quatorze États membres, dont le Sénégal et la France, qui ont salué la valeur interculturelle du caftan.

Selon une source proche de la délégation marocaine, Alger aurait tenté de faire ajouter une mention soulignant l’« héritage vestimentaire commun maghrébin », amendement finalement retiré avant le vote, attestant de la vigueur d’un soft power où la mode se fait vecteur d’influence.

Perspectives économiques et touristiques

À présent reconnu, le caftan pourrait bénéficier d’indications géographiques protégées, renforcer la labellisation des ateliers et attirer des investissements dans la filière soie, identifiée comme stratégique par le plan Maroc Vert puis par Génération Green 2020-2030.

Les écoles de design entendent capitaliser sur l’attrait suscité par cette inscription pour stimuler des collections capsules adaptées aux marchés du Golfe, où l’abaya de luxe connaît un boom, et pour intensifier les collaborations avec des maisons européennes de haute couture.

À moyen terme, les autorités ambitionnent d’inscrire le caftan au futur itinéraire culturel du Conseil de l’Europe dédié aux Routes de la mode, stratégique pour accroître la fréquentation touristique hors saison et valoriser les circuits de la soie dans l’Oriental et le Rif.

Vers une mode durable et panafricaine

Au-delà de la rivalité algéro-marocaine, cette reconnaissance rappelle que les textiles traditionnels constituent des marqueurs identitaires puissants et des vecteurs économiques prometteurs, à l’heure où l’Afrique cherche à transformer son patrimoine créatif en valeur ajoutée régionale et en image de marque globale.

Dans l’esprit de la stratégie nationale du développement durable, des startups de recyclage textile envisagent d’utiliser les chutes de brocart pour produire des accessoires écoresponsables, promouvant une économie circulaire capable de concilier traditions luxueuses et impératifs environnementaux, un atout de plus pour convaincre les consommateurs millennials.

Le succès du caftan pourrait enfin inspirer d’autres pays africains à déposer des candidatures conjointes, à l’image du bogolan malien ou du kente ghanéen, ouvrant la voie à une diplomatie culturelle continentale où la synergie des patrimoines renforcerait la voix de l’Afrique au sein des instances multilatérales.

Rendez-vous est déjà pris à Marrakech pour la prochaine Semaine du Caftan, où créateurs, universitaires et représentants de l’UNESCO dégageront de nouvelles pistes de coopération.

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Abdoulaye Diop est analyste en énergie et développement durable. Diplômé en sciences de l'environnement et sciences économiques, il couvre les enjeux des hydrocarbures, les partenariats pour la transition énergétique et les grandes infrastructures panafricaines. Il suit également les impacts géopolitiques des ressources naturelles sur la diplomatie africaine.