L’imam Dicko secoue Bamako lors du sommet AES

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Ce qu’il faut retenir

Le sommet de Bamako a réuni les présidents de transition du Mali, du Niger et du Burkina Faso autour d’une feuille de route sécuritaire, économique et médiatique. Simultanément, l’imam Mahmoud Dicko, figure religieuse d’influence, a confirmé son engagement dans la Coalition des forces pour la République, invitant les Maliens à une mobilisation pacifique pour restaurer la cohésion nationale.

Contexte sécuritaire et diplomatique du sommet de Bamako

Arrivés les 22 et 23 décembre, le général malien Assimi Goïta, le général nigérien Abdourahamane Tiani et le capitaine burkinabè Ibrahim Traoré ont tenu leur second « collège des chefs d’État » de l’Alliance des États du Sahel. Les trois dirigeants, en treillis, ont lancé la future Télé AES, présentée comme un outil pour repousser toute « campagne de désinformation » (ORTM).

Avant l’ouverture des travaux, les chefs d’État ont visité le siège de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, annoncée comme instrument financier de projets d’infrastructures à partir de 2026. Dans une interview télévisée, Assimi Goïta a dressé un bilan positif de l’alliance, évoquant une diplomatie concertée et des « avancées majeures » contre les groupes armés.

Calendrier resserré et symboles institutionnels

Le programme, réorganisé après le report inexpliqué de l’arrivée d’Ibrahim Traoré, s’est étalé sur une seule journée. À 7 h 30 locales, Traoré a été accueilli à l’aéroport de Bamako avant que la délégation ne se rende directement au siège de la télévision confédérale. Enchaînant visites et déclarations, les trois chefs d’État ont voulu offrir l’image d’un front uni et agile.

Acteurs clés : dirigeants militaires et voix civiles

Face aux caméras, Assimi Goïta a affirmé que les populations sont « libres d’aller où elles veulent », signe de la sécurité retrouvée selon lui. Dans le même espace médiatique, l’imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut Conseil islamique du Mali, a publié des vidéos en peul et en bambara attestant son rôle de « référent républicain » de la Coalition des forces pour la République.

Installé en Algérie depuis décembre 2023, Dicko explique avoir été sollicité par des Maliens déterminés à « mettre fin aux souffrances ». Il rappelle que ses partisans emprisonnés et son interdiction de retour au pays motivent son engagement. La CFR, conçue par l’universitaire Étienne Fakaba Sissoko, prône la désobéissance civile sans recours à la violence, et plusieurs personnalités politiques, dont l’ancien ministre Housseini Amion Guindo, l’ont déjà rejointe.

Scénarios d’évolution pour la transition malienne

L’appel de l’imam cible « tout le monde », avec un accent mis sur la communauté peule, souvent coincée entre recruteurs jihadistes et opérations antiterroristes. En plaidant pour un dialogue national, Dicko mise sur la pression interne alors que la junte valorise la consolidation régionale via l’AES. Les deux démarches, l’une institutionnelle, l’autre citoyenne, pourraient s’influencer mutuellement.

Si la CFR reste pacifique, elle pourrait devenir un canal de négociation supplémentaire pour la transition. À l’inverse, une confrontation verbale prolongée risquerait d’accentuer la polarisation. Pour l’heure, la coopération militaire des trois États se poursuit, tandis qu’une part de la société civile demande des garanties de liberté d’expression. La suite dépendra de la capacité des acteurs à articuler exigences sécuritaires et ouverture politique afin d’éviter toute escalade.

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Abdoulaye Diop est analyste en énergie et développement durable. Diplômé en sciences de l'environnement et sciences économiques, il couvre les enjeux des hydrocarbures, les partenariats pour la transition énergétique et les grandes infrastructures panafricaines. Il suit également les impacts géopolitiques des ressources naturelles sur la diplomatie africaine.