Ce qu’il faut retenir
En huit ans à l’Élysée, Emmanuel Macron a multiplié les signaux d’ouverture envers le continent. Sa nouvelle tournée – Maurice 20-21 novembre, G20 de Johannesburg, puis escales au Gabon et en Angola – vise à repositionner la France sur les axes océaniens, climatiques et énergétiques.
Contexte d’une relation en recomposition
Depuis son discours de Ouagadougou en 2017, Emmanuel Macron a cherché à rompre avec les codes de la « Françafrique ». Initiatives mémorielles, restitution d’œuvres, Forum Afrique-France de Montpellier : autant de gestes symboliques salués par une partie de la jeunesse, mais encore perçus comme insuffisants par certains chercheurs.
Le retrait progressif de la force Barkhane, entériné en 2022, a accéléré ce repositionnement. Paris espère désormais que la diplomatie économique et culturelle compensera le vide sécuritaire en Afrique de l’Ouest, tandis que l’axe central-atlantique, de Dakar à Luanda, devient la nouvelle carte maîtresse de l’Élysée.
Un choix de destinations qui rompt avec la traditionnelle géométrie sahélienne : l’océan Indien, la communauté des BRICS et le bassin du Congo deviennent des terrains d’influence à consolider, alors que Paris réévalue sa posture militaire et réoriente ses instruments de coopération vers l’investissement privé.
Tournée africaine d’Emmanuel Macron
La séquence mauricienne inaugurera la montée en puissance d’une diplomatie indo-pacifique mesurée. Port-Louis, où l’Agence française de développement finance déjà des projets d’adaptation côtière, pourrait accueillir un accord tripartite avec l’Inde sur la surveillance maritime, illustrant l’articulation entre sécurité bleue et transition énergétique.
G20 Johannesburg et finance innovante
Au G20 de Johannesburg, l’Élysée veut capitaliser sur le succès du Sommet pour un New Global Financing Pact tenu à Paris en juin. Les équipes de Bruno Le Maire défendent l’idée d’un mécanisme hybride mêlant droits de tirage spéciaux, capitaux privés et marchés carbone, susceptible d’alléger le service de la dette africaine.
La présidence sud-africaine, soucieuse de débouchés pour sa filière hydrogène, voit d’un bon œil cette initiative. Cyril Ramaphosa, selon la presse locale, souhaite obtenir un appui financier pour la réforme d’Eskom, tandis que Paris mise sur EDF et Engie pour capter une partie des futurs mégawatts verts.
Diplomatie climatique au Gabon
Troisième étape, Libreville offrira à Emmanuel Macron l’occasion de réaffirmer l’Initiative pour la préservation des forêts tropicales lancée en 2021. Le Gabon demeure le laboratoire régional du paiement pour services écosystémiques, après l’émission en 2023 de crédits carbone certifiés par la Banque mondiale.
Dans ce domaine, Brazzaville joue aussi la carte verte. Le président Denis Sassou Nguesso, qui préside la Commission climat du Bassin du Congo, a déjà salué l’engagement français lors du One Forest Summit. Sa diplomatie environnementale pourrait bénéficier d’une convergence d’intérêts franco-congolais autour des marchés carbone volontaires.
Partenariat énergétique avec l’Angola
À Luanda, dernier arrêt, TotalEnergies pariera sur l’extension du bloc 17, tandis qu’ENI et Sonangol négocient une montée en puissance du gaz naturel liquéfié. Le déplacement doit entériner un accord de coopération sur la formation technique, adossé au financement par Proparco de centrales solaires dans l’arrière-pays.
L’Angola, membre de l’Organisation des producteurs africains de pétrole, veut aussi rejoindre l’Alliance solaire internationale promue par Paris et New Delhi. De quoi étoffer la triangulation Sud-Sud chère à Emmanuel Macron, qui cherche à se démarquer de la rivalité sino-américaine par une approche de coalitions variables.
Place du Congo-Brazzaville dans la nouvelle donne
Si le Congo n’apparaît pas dans l’itinéraire, Brazzaville n’est pas absente des dossiers. L’accord de coopération militaire signé en 2021 reste en vigueur, et l’implantation de l’Agence française d’expertise technique se renforce dans les secteurs forestier et portuaire. Les équipes congolaises suivent de près les annonces de financement du G20.
Le ministre congolais des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso, a d’ailleurs confirmé préparer une « feuille de route 2024-2026 » avec Paris, axée sur la valorisation des services environnementaux et la diplomatie sportive, deux créneaux identifiés comme leviers de soft power pour la jeunesse.
Scénarios et marges de manœuvre
À court terme, la tournée devrait consolider des engagements financiers plutôt que sécuritaires, signe que Paris entérine le passage du tout-militaire au tout-climatique. Sur le moyen terme, son succès dépendra de la capacité à articuler offres privées et mécanismes multilatéraux, sans raviver les perceptions d’ingérence.
Pour Brazzaville comme pour les autres capitales du Bassin du Congo, la fenêtre est ouverte pour monétiser le patrimoine forestier et attirer des partenariats technologiques. La diplomatie congolaise, en maintenant un équilibre entre Paris, Pékin et Washington, pourrait se poser en pivot régional de la finance verte africaine.

