Ce qu’il faut retenir
Au moment où l’ONU célèbre son 80ᵉ anniversaire, le Congo-Brazzaville réaffirme son engagement en faveur d’une réforme du Conseil de sécurité, jugé peu représentatif des rapports de force contemporains. Brazzaville soutient la position africaine commune, dite Consensus d’Ezulwini, qui réclame au moins deux sièges permanents pour le continent.
- Ce qu’il faut retenir
- Brazzaville plaide pour un Conseil de sécurité plus inclusif
- Le poids des forêts du Bassin du Congo dans la diplomatie climatique
- Une tradition multilatérale enracinée depuis 1960
- Les marges de manœuvre de la CEEAC et de la CIRGL
- Acteurs et calendrier
- Quels scénarios de réformes à l’horizon 2030 ?
La diplomatie congolaise capitalise simultanément sur la valeur stratégique du Bassin du Congo, deuxième poumon écologique de la planète, pour renforcer ses marges de manœuvre dans les négociations internationales sur la paix, le climat et le financement du développement.
Brazzaville plaide pour un Conseil de sécurité plus inclusif
Dans l’hémicycle new-yorkais, le ministre des Affaires étrangères Jean-Claude Gakosso rappelle que « le Conseil, tel qu’il est, ne peut plus résoudre les problèmes mondiaux », une formule également reprise par l’expert Paul-Simon Handy (interview RFI). Brazzaville juge que la stagnation des discussions entame la crédibilité de l’institution.
Le Congo insiste sur la nécessité d’accorder aux États africains un droit de veto permanent, afin de peser sur les dossiers qui affectent directement le continent, de la lutte contre le terrorisme transnational aux différends climatiques. L’argument, exposé de manière constante depuis le sommet de Syrte en 2005, bénéficie aujourd’hui d’un soutien renouvelé de Washington, même si aucune échéance n’est fixée.
Le poids des forêts du Bassin du Congo dans la diplomatie climatique
La diplomatie verte congolaise constitue un levier supplémentaire. Lors de la COP26, Denis Sassou Nguesso rappelait que les forêts du Bassin absorbent chaque année l’équivalent de 1,5 milliard de tonnes de CO₂, soit plus que l’ensemble des puits européens. Cette réalité confère à Brazzaville une autorité morale lorsqu’elle évoque la sécurité collective.
Les partenaires traditionnels, dont la France et la Banque africaine de développement, explorent la création d’un marché régional du carbone. Brazzaville espère que cet instrument générera des ressources nouvelles, à même de financer l’adaptation et de soutenir les Chemins de fer Congo-Océan, infrastructure clé pour l’intégration sous-régionale.
Une tradition multilatérale enracinée depuis 1960
Membre fondateur de l’OUA, le Congo a siégé au Conseil de sécurité en 2006-2007. À l’époque, son ambassadeur Basile Ikouébé militait déjà pour une réforme en profondeur. Cette expérience nourrit la conviction que l’efficacité onusienne passe par l’élargissement du cercle décisionnel.
En parallèle, Brazzaville a développé un savoir-faire de médiation, de la crise centrafricaine aux tensions tchadiennes. Les diplomates congolais estiment qu’un siège permanent permettrait d’« exporter » ce pragmatisme négociateur au bénéfice de la stabilité régionale, surtout dans le Golfe de Guinée où la piraterie reste une menace.
Les marges de manœuvre de la CEEAC et de la CIRGL
Capitale de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, Brazzaville utilise la CEEAC comme caisse de résonance. En juillet, les ministres des affaires étrangères de la région ont validé une résolution commune soutenant la candidature d’un pays d’Afrique centrale à un futur siège permanent.
La Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), présidée en 2020 par Denis Sassou Nguesso, encourage également la mutualisation des positions. Cette convergence permet au Congo d’apparaître comme porte-voix régional sans susciter de rivalité frontale avec le Nigeria ou l’Afrique du Sud.
Acteurs et calendrier
Sur le terrain new-yorkais, l’ambassadeur Serge Mombouli coordonne un groupe informel d’une douzaine de pays africains francophones, chargé de faire le lien entre le G4 (Brésil, Allemagne, Inde, Japon) et l’Unité africaine. Cette diplomatie de couloir vise à préserver la fenêtre d’opportunité ouverte par Joe Biden en 2022.
Les observateurs notent que le prochain Sommet des futurs, prévu en 2024, pourrait constituer un jalon incontournable. Le Congo souhaite qu’y figure, noir sur blanc, le principe de deux sièges permanents africains, même si la définition des candidats restera délicate.
Quels scénarios de réformes à l’horizon 2030 ?
Plusieurs hypothèses circulent. Le scénario minimaliste maintiendrait les cinq membres permanents mais ajouterait six sièges non permanents, mesure jugée insuffisante par Brazzaville. Le scénario intermédiaire, soutenu par l’Union africaine, prévoit quatre nouveaux permanents sans droit de veto, solution déjà dénoncée comme « inéquitable » lors des négociations informelles.
Le scénario dit « Global South », défendu par certains think tanks, instaure une parité Nord-Sud parmi les permanents et supprime progressivement le veto. Si cette option gagne du terrain, c’est en partie grâce à la constance des pays comme le Congo-Brazzaville, qui mettent en avant leur contribution à la sécurité climatique et énergétique mondiale.

