Ce qu’il faut retenir
La campagne pour la présidentielle du 15 janvier 2026 s’ouvre dans un climat tendu. L’ONU alerte sur plus de cinq cents arrestations et des allégations de torture, tandis que Kampala récuse toute dérive et revendique son rôle de « pays refuge » de la région (HCDH, 3 décembre 2025). À l’intérieur comme à l’extérieur, les regards convergent vers l’armée, arbitre non-dit du scrutin.
Alerte onusienne sur le climat sécuritaire
Dans son communiqué, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk évoque « des manœuvres répressives systématiques » visant opposants et journalistes. Au moins 550 personnes auraient été interpellées depuis janvier, dont plus de 300 depuis le lancement officiel de la campagne en septembre (HCDH). Le texte cite des cas de disparitions forcées et un recours « disproportionné » à la force.
Le souvenir des violences de 2021, qui avaient fait 54 morts selon les ONG, plane sur ce nouveau cycle électoral. Les Nations unies exhortent Kampala à des « enquêtes complètes et impartiales » et à la réparation des victimes. L’appel vise aussi la commission électorale, priée de garantir des conditions égales d’accès aux urnes.
Riposte de Kampala et argument de stabilité
Le ministre ougandais des Affaires étrangères Henry Oryem-Okello rejette ce qu’il qualifie de « cible facile ». Il assure que toutes les opérations sécuritaires respectent la loi et rappelle que l’Ouganda accueille plus de deux millions de réfugiés, « à un coût très élevé », tout en déployant des troupes en Somalie et en RDC dans le cadre des missions régionales (RFI, 4 décembre 2025).
Pour le pouvoir, la longévité du président Yoweri Museveni, 39 ans de règne, garantit la continuité économique et l’attrait d’investissements sud-soudanais, kenyans ou rwandais. Kampala souligne aussi le rôle de plaque tournante logistique vers le corridor pétrolier de l’Afrique de l’Est, argument clé pour convaincre les bailleurs de ne pas conditionner leur aide.
Opposition et société civile sous pression
Le National Unity Platform de Bobi Wine, principal challenger, décrit la campagne comme « une opération militaire ». Selon son porte-parole Joel Ssenyonyi, plus de 300 militants ont été arrêtés, des meetings dispersés au gaz lacrymogène et des tirs auraient visé les leaders, obligeant Bobi Wine à porter casque et gilet pare-balles (NUP, 5 décembre 2025).
Les ONG locales, dont Chapter Four, disent documenter des procès à huis clos pour « trouble à l’ordre public », passible de lourdes amendes. Les radios communautaires hésitent à diffuser les discours de l’opposition, sous peine de voir leur licence suspendue par l’autorité des communications. Ce contrôle du spectre médiatique alimente la défiance de la jeunesse urbaine, électorat stratégique.
Contexte électoral de 2026
La Constitution révisée en 2017 a supprimé la limite d’âge présidentielle, ouvrant la voie à une nouvelle candidature de Yoweri Museveni. À la Chambre, le Mouvement de résistance nationale dispose encore d’une confortable majorité, mais les élections locales de 2021 ont montré un basculement dans plusieurs municipalités.
Le scrutin se tient sur fond de ralentissement macro-économique : montée de l’inflation à 8 %, endettement public franchissant 50 % du PIB et retards dans la mise en service de l’oléoduc EACOP. Cette conjoncture rend la question de la gouvernance budgétaire aussi déterminante que la sécurité dans les urnes.
Enjeux régionaux et diplomatiques
Les partenaires de la Communauté d’Afrique de l’Est observent l’Ouganda comme un baromètre. Toute instabilité menacerait la force régionale déployée dans l’est de la RDC, où Kampala joue un rôle de premier plan contre les ADF. Nairobi et Kigali espèrent un processus électoral fluide pour préserver les couloirs commerciaux vers le port de Mombasa.
Sur la scène multilatérale, l’Ouganda reste candidat déclaré à un siège non permanent au Conseil de sécurité pour 2027-2028. Une élection contestée fragiliserait cette ambition et pourrait raviver les débats sur la conditionnalité des aides UE et Banque mondiale, déjà sensible depuis l’adoption de la loi controversée sur la moralité publique.
Scénarios pour un scrutin apaisé
Les observateurs évoquent trois trajectoires. Le scénario d’ouverture suppose la libération d’activistes et un allègement des rassemblements, auquel Museveni gagnerait en légitimité interne et externe. Un scénario de tension maîtrisée verrait la poursuite des arrestations sans dérapage majeur, aboutissant à une victoire du NRM reconnue par ses alliés régionaux.
Le scénario de crise, enfin, s’appuierait sur une fracture nette entre sécurité et urnes, avec contestation post-électorale et intervention possible de la Cour suprême. L’intensité du contrôle médiatique et la capacité de médiation des chefs religieux seront déterminantes. Les partenaires internationaux, ONU en tête, misent encore sur le premier scénario pour préserver la stabilité des Grands Lacs.

