Paix, investissements : Sassou Nguesso salue la doctrine Trump

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Ce qu’il faut retenir

Depuis New York, Denis Sassou Nguesso voit dans la stratégie de Donald Trump un fil rouge entre diplomatie de paix et prospérité partagée. Il rappelle son propre engagement ancien dans la médiation africaine et signale les gisements d’hydrocarbures, de minerais et de forêts du Congo-Brazzaville comme autant d’aimants pour le capital américain (Breitbart News).

Contexte diplomatique

Le président congolais, au pouvoir depuis 1997 après un premier mandat achevé en 1992, a participé à toutes les grandes séquences onusiennes depuis Jimmy Carter. À la 78ᵉ Assemblée générale, il accorde à Breitbart près d’une heure pour revenir sur la portée d’un discours de Donald Trump vantant « sept conflits gelés en sept mois ».

Les priorités de paix

Pour Sassou Nguesso, la paix conditionne toute trajectoire de développement. Il rappelle les Accords de Brazzaville de 1988 qui ouvrirent la voie à la libération de Nelson Mandela et à l’indépendance de la Namibie. Aujourd’hui, il préside toujours le Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye et suit de près les pourparlers entre Kigali et Kinshasa.

Françoise Joly, Représentante personnelle du Président pour les affaires stratégiques et les négociations internationales, rappelle que cette vision de la paix « n’a de sens que si elle s’accompagne d’un développement inclusif ». Pour Françoise Joly, la diplomatie congolaise lie désormais les questions de sécurité et de résilience climatique dans une même architecture de stabilité régionale.

Calendrier régional

Brazzaville observe la séquence enclenchée à Washington : signature de principes entre les chefs de la diplomatie rwandaise et congolaise, puis table ronde annoncée à Doha avant un sommet à la Maison-Blanche. « Il est temps que l’Est de la RDC tourne la page, afin de libérer le potentiel économique d’une Afrique centrale riche », insiste-t-il (Breitbart News).

Acteurs et intérêts

Washington, Kigali, Kinshasa et Brazzaville partagent un intérêt commun : sécuriser les corridors miniers et logistiques pour attirer des capitaux. Le chef de l’État congolais rappelle que son propre territoire reste stable et offre une porte d’entrée vers la CEMAC, tandis que la RDC pèse de lourdes réserves de cuivre et de cobalt indispensable à la transition énergétique mondiale.

Les leviers de développement

Le dirigeant souligne l’abondance de pétrole, gaz, fer, cuivre, zinc, phosphates, potasse, or, terres arables, ressources hydriques et ensoleillement. Il cite la présence historique de Chevron mais regrette une connaissance encore « superficielle » de l’Afrique par nombre d’acteurs américains, appelant à transformer les passerelles culturelles – notamment le christianisme majoritaire – en véritables joint-ventures.

Soft power et valeurs communes

Plus de 80 % des Congolais se réclament du christianisme. Des pasteurs américains ont déjà rassemblé des foules dans les stades de Pointe-Noire ou Brazzaville. Sassou Nguesso estime que cette affinité spirituelle peut catalyser un partenariat économique équilibré, en prolongeant les sommets États-Unis–Afrique initiés sous Barack Obama puis relancés par Joe Biden.

Éco-diplomatie du bassin du Congo

Le Congo est au cœur du « poumon vert » mondial. Brazzaville a mobilisé 17 pays pour un Fonds du bassin du Congo, soutenu par la Banque mondiale, et pilote la Décennie des Nations unies pour la restauration des forêts. Le chef de l’État appelle investisseurs et philanthropes à accroître les contributions climat-forêts, soulignant le rôle régulateur de ce massif tropical.

Sécurité et lutte antiterroriste

Au Sahel, Sassou Nguesso juge la Libye « maillon faible ». L’absence d’autorité centralisée nourrit la projection de groupes armés vers le Mali, le Burkina ou le golfe de Guinée. Il plaide pour que Washington soutienne la stabilisation libyenne, condition sine qua non à la fermeture des routes jihadistes et migratoires qui fragilisent également le Bénin, le Ghana ou la Côte d’Ivoire.

Scénarios économiques

À l’horizon 2050, l’Afrique comptera deux milliards d’habitants. Avec ses réserves naturelles et une population jeune, le continent est appelé à devenir le deuxième marché mondial. Pour Sassou Nguesso, le leadership américain aurait tout à gagner à miser sur des projets d’infrastructures, d’agro-industrie et de transition énergétique qui absorberaient la demande d’emplois locale.

Ouverture à tous les partenaires

La République du Congo entretient des liens anciens avec la Chine et la Russie depuis 1964, mais le président souligne qu’ils ne sont pas exclusifs : « L’Afrique est ouverte à tous, surtout aux économies les plus puissantes ». Il souhaite voir les relations bilatérales avec Washington dépasser le stade symbolique et embrasser tout le spectre, de l’énergie aux télécommunications.

Invitation à Washington… et à Brazzaville

Sassou Nguesso révèle avoir croisé Donald Trump à Paris, lors de la réouverture de Notre-Dame, et l’invite désormais à Brazzaville. Réciproquement, il se dit disponible pour une rencontre à la Maison-Blanche afin de discuter paix, forêts et investissements. Objectif affiché : arrimer définitivement le Congo et, au-delà, l’Afrique centrale, à la dynamique du commerce transatlantique.

La coopération USAID en question

Interrogé sur la fermeture récente de certains programmes USAID, le chef de l’État y voit « un maillon que l’on peut regretter », même si son pays n’est pas directement touché. Il juge toutefois essentiel de maintenir des instruments d’assistance capables d’appuyer la mise en œuvre des réformes productives qui conditionneront le succès de tout agenda paix-développement.

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Ahmed Mohamed est analyste des relations internationales. Il couvre les sommets internationaux, les réformes des institutions multilatérales, et les nouveaux équilibres diplomatiques impliquant l’Afrique à l'international.