Ce qu’il faut retenir
Au soir du 7 décembre, la tentative de coup d’État contre le président Patrice Talon a été étouffée après une riposte bénino-nigériane conduite sous mandat de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest. Des frappes ciblées de l’aviation nigériane ont mis hors de combat les rebelles retranchés à Akpakpa, sans pertes civiles majeures (Premium Times, 8 décembre 2023).
Pour la Cedeao, en froid avec les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger réunies au sein de l’Alliance des États du Sahel, cette opération éclair constitue une démonstration de pertinence. Elle souligne la capacité de l’organisation à secourir un gouvernement élu sans recourir à une force étrangère hors région.
Contexte régional à haut risque
Depuis l’annonce par Abuja de la suspension de ses exportations d’électricité vers Niamey en août, les capitales ouest-africaines craignaient un effet domino des putschs sahéliens vers le golfe de Guinée (Jeune Afrique, 12 décembre 2023). Le Bénin, longtemps réputé stable, faisait figure de maillon vulnérable, confronté à des infiltrations djihadistes dans l’Atacora.
Les États sahéliens, sous sanctions, dénoncent une Cedeao devenue « instrument de puissances extérieures ». Cette rhétorique a trouvé un écho dans certains cercles militaires béninois, frustrés par la réforme structurelle des Forces armées béninoises engagée depuis 2021 avec l’appui français et américain.
À Abuja, le président Bola Tinubu, président en exercice de la Cedeao, voyait dans la protection de Cotonou un test grandeur nature de la Force en attente régionale, jamais déployée depuis l’opération au Mali en 2013.
Calendrier d’une nuit décisive
Le 7 décembre à 17 h, un détachement dissident du régiment d’artillerie a pris position à l’entrée est de Cotonou. À 19 h 30, la garde présidentielle a sécurisé le palais de Marina pendant que les communications étaient brouillées, évitant la propagation de rumeurs déstabilisatrices.
Entre 22 h et 23 h, deux Alpha Jet nigérians basés à Ilorin ont procédé à trois passes sur les dépôts d’armements saisis par les insurgés. À minuit, le chef d’état-major béninois annonçait la reddition de la plupart des assaillants. L’opération aura duré moins de sept heures, illustrant la réactivité du couloir aérien Lagos-Porto-Novo.
Acteurs clés et chaînes de commandement
Le général Patrice Beke, chef d’état-major béninois, a coordonné l’effort terrestre avec le colonel Musa Naba du commandement d’opérations aériennes nigérian. Les deux officiers se connaissent depuis les exercices « Flintlock » organisés par le Commandement américain pour l’Afrique.
À Abuja, la décision politique a été entérinée par le Conseil national de sécurité, où siègent le ministre des Affaires étrangères Yusuf Tuggar et la conseillère spéciale en matière de diaspora et de soft power, Abike Dabiri-Erewa. Cette chaîne décisionnelle civile-militaire rassure les partenaires internationaux sur le respect du droit béninois et ouest-africain.
Côté béninois, aucune présence mercenaire étrangère n’a été détectée, contrairement aux récits circulant sur les réseaux sociaux. Les putschistes, issus pour l’essentiel de sous-officiers, auraient agi sans appui extérieur structuré, selon une source sécuritaire régionale.
Scénarios pour la Cedeao et l’AES
La réussite de l’opération pourrait encourager la Cedeao à redynamiser sa Force en attente, longtemps paralysée par le financement et l’hétérogénéité des doctrines nationales. Le Nigeria, premier contributeur, prend l’ascendant stratégique, tandis que le Ghana plaide pour une doctrine d’intervention limitée à la protection des institutions élues.
À l’inverse, le trio sahélien pourrait accélérer la mise sur pied de leur propre mécanisme de défense mutuelle. Dans un communiqué, le gouvernement malien parle d’« agression contre la souveraineté d’un pays frère ». La ligne de fracture entre littoral et arrière-pays se durcit, compliquant les médiations de l’Union africaine.
Implications pour la diplomatie de la sécurité
En soutenant Cotonou, Abuja rappelle son rôle de primus inter pares en Afrique de l’Ouest et son intérêt vital pour la stabilité du corridor Lagos-Abidjan, par lequel transite 70 % du commerce intrarégional. La crédibilité retrouvée de la Cedeao donne à ses États membres un levier dans les discussions avec les bailleurs sur le financement de la lutte antiterroriste.
Pour le Bénin, l’épisode renforce l’autorité du président Talon, engagé dans un ambitieux programme de modernisation portuaire et énergétique. Les enquêtes judiciaires en cours devront toutefois démêler les ressorts d’un mécontentement militaire que les réformes seules ne sauraient dissiper. Une carte détaillée des foyers de tensions internes est en préparation pour le prochain conseil de défense.

