Ce qu’il faut retenir
Dix-sept Sud-Africains, rejoints selon plusieurs témoignages par des ressortissants botswanais, disent avoir été dupés par des recruteurs leur promettant une formation de garde du corps pour le nouveau parti uMkhonto weSizwe. Transférés en Russie puis en Ukraine, ils se retrouvent à quelques kilomètres de la ligne de front dans le Donbass (BBC, Bloomberg).
Le gouvernement sud-africain confirme avoir reçu des appels de détresse et assure privilégier « les canaux diplomatiques » pour leur rapatriement. Une enquête de la direction d’élite Hawks vise à déterminer s’il y a eu traite d’êtres humains, recrutement illégal ou fraude.
Des jeunes chômeurs séduits par l’offre d’une formation
Les familles décrivent des hommes âgés d’une vingtaine à une quarantaine d’années, souvent sans emploi, attirés par la promesse d’un stage rémunéré en contre-espionnage et protection rapprochée. Les billets d’avion vers Moscou auraient été pris en charge par deux intermédiaires, renforçant la crédibilité de l’offre, rapportent les proches interrogés par la BBC.
À leur arrivée début juillet, des contrats rédigés en russe leur sont soumis. Incapables de les lire, plusieurs signent sur la foi des assurances fournies par les accompagnateurs. Quelques semaines plus tard, ils sont convoyés en bus vers l’est de l’Ukraine, loin des centres d’instruction annoncés.
Le trajet Russie-Ukraine : promesse de stages, réalité de front
Selon des messages vocaux obtenus par leurs familles, les recrues sont dispersées entre Donetsk et d’autres secteurs tenus par les forces russes. L’un d’eux décrit « des scènes de film que nous vivons en direct », mentionnant des frappes de drones à répétition et une blessure par éclats subie par un compatriote dont ils ont depuis perdu la trace.
Certains affirment être menacés lorsqu’ils refusent de participer à des tâches militaires. Trois auraient été renvoyés en Russie après avoir été jugés inaptes physiquement, ce qui accrédite l’idée d’une sélection précipitée et opaque.
Implication alléguée de Duduzile Zuma-Sambudla
Plusieurs témoins citent Duduzile Zuma-Sambudla, députée et fille de l’ancien président Jacob Zuma, comme figure ayant facilité le voyage. Dans un affidavit versé à la police, elle reconnaît avoir partagé « innocemment » des informations sur une formation non combattante qu’elle croyait légale, affirmant être elle-même « victime de manipulation ».
Sa demi-sœur Nkosazana Zuma-Mncube l’accuse au contraire d’avoir, avec deux complices, « appâté » dix-sept volontaires remis à un groupe paramilitaire russe. Les Hawks confirment l’ouverture d’enquêtes distinctes sur la base des plaintes croisées déposées par les deux femmes.
Pretoria en mode discret, diplomatie de couloir
Le ministère sud-africain des Relations internationales fait savoir qu’il « prend l’affaire au sérieux » mais refuse tout détail sur les discussions avec Moscou. Sur un dossier mêlant souveraineté, sécurité et opinion publique à cinq mois des élections, la présidence privilégie la discrétion, espérant éviter une crise avec un partenaire stratégique.
La Russie, déjà accusée de faire appel à des combattants étrangers au Donbass, n’a pas réagi publiquement. L’absence d’accord bilatéral d’extradition complique la marge de manœuvre sud-africaine, tandis que l’Union africaine ne s’est pas saisie à ce stade de la question.
Scénarios : rapatriement, enquêtes et responsabilité
Les familles, privées de nouvelles durant plusieurs jours d’affilée, réclament une extraction urgente avant l’hiver. Pretoria explore la voie consulaire via son ambassade à Moscou et la Croix-Rouge, mais toute intervention directe en zone de combat paraît improbable.
Sur le plan judiciaire, si la traite d’êtres humains était établie, les peines prévues vont jusqu’à la réclusion à perpétuité en Afrique du Sud. Reste à déterminer la part de responsabilité des intermédiaires locaux et celle d’éventuelles entités russes, dans un dossier où la frontière entre coopération sécuritaire et mercenariat demeure volontairement trouble.

