Retour de la RDC à l’ONU: quels enjeux pour la voix africaine?

Aminata Diop
5 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

En janvier 2026, la République démocratique du Congo fait son retour au Conseil de sécurité de l’ONU, plus de trois décennies après son dernier mandat. Élue en juin 2025 par 183 voix sur 187, elle siégera jusqu’en 2027. Kinshasa affiche deux priorités : maintenir la crise de l’Est sur l’agenda et défendre une approche concertée au nom de l’Afrique.

Coup de projecteur sur un siège convoité

La présidence tournante du Conseil revient en ce début d’année à la Somalie, tandis que cinq sièges non permanents changent de titulaire. Bahreïn, la Lettonie, la Colombie, le Liberia et la RDC prennent la relève de l’Algérie, de la Corée du Sud, du Guyana, de la Sierra Leone et de la Slovénie.

Pour la RDC, il s’agit d’une troisième participation après les mandats des années 1980 et 1990. « Nous porterons la voix de la RDC, mais aussi celle de l’Afrique », a assuré la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Wagner, soulignant la portée collective de cette élection.

Chronologie : du vote de juin 2025 à l’entrée en fonction

Le scrutin de l’Assemblée générale, le 13 juin 2025, a consacré un quasi-consensus autour de Kinshasa. Sur 187 États votants, seuls quatre se sont abstenus ou ont choisi une autre option. Cette légitimité numérique a été activement valorisée par la diplomatie congolaise durant la période de transition qui a suivi.

Entre juillet 2025 et décembre 2025, plusieurs missions préparatoires se sont tenues à New York pour caler les priorités congolaises. Dès le 1ᵉʳ janvier 2026, les nouveaux membres prennent officiellement leurs fonctions, disposant d’un rôle décisif dans l’adoption ou le blocage de résolutions même sans droit de veto.

Les attentes de Kinshasa face aux crises à l’Est

Kinshasa qualifie la situation dans les provinces orientales de « guerre d’agression menée par le Rwanda ». Son objectif est de voir appliquée la résolution 2773 de février 2025, qui exige le retrait de l’AFC/M23 et des forces rwandaises. Réinscrire le dossier à chaque séance pertinente devient ainsi un impératif stratégique.

Un conseiller présidentiel admet toutefois que « l’obtention d’actes forts s’est avérée difficile », notamment face aux réticences d’États attachés à la prudence diplomatique. L’enjeu pour la RDC est de transformer son siège en levier capable de susciter des coalitions majoritaires et d’éviter l’érosion de l’attention internationale.

Le rôle du « groupe 3A » et la diplomatie africaine

Le Conseil de sécurité réserve traditionnellement trois sièges non permanents à l’Afrique, regroupés de façon informelle sous le label « 3A ». En 2026, ce triangle est constitué de la Somalie – qui préside le Conseil en janvier –, du Liberia et de la RDC.

Jusqu’ici, Kinshasa estimait que la configuration précédente, sans sa participation, freinait l’inscription de la crise congolaise à l’ordre du jour. Selon Christian Moleka, coordinateur de la Dynamique des politologues de RDC, l’intégration de son pays dans le trio africain « pourrait inverser la tendance » et donner plus de cohérence à la voix continentale.

Scénarios pour la paix et la voix africaine en 2026-2027

L’agenda du Conseil demeure soumis à de multiples urgences – tensions au Venezuela, crispations au Moyen-Orient – susceptibles d’évincer la question congolaise à tout moment. Kinshasa mise donc sur une diplomatie de présence continue, afin que la résolution 2773 reste une référence incontournable.

Trois scénarios se dessinent : une application progressive de la résolution, soutenue par les alliés africains ; un statu quo marqué par des débats sans suivi opérationnel ; ou un déplacement des priorités internationales reléguant la crise de l’Est en marge. Pour Thérèse Wagner, « l’enjeu est de transformer l’élan de juin 2025 en gains tangibles pour la stabilité régionale ».

Au-delà de l’Est congolais, la participation de la RDC offre à l’Afrique centrale une occasion d’affirmer sa pertinence dans la gouvernance mondiale, en synergie avec ses voisins CEMAC et les plateformes multilatérales où Brazzaville, Libreville ou Yaoundé défendent déjà des positions convergentes.

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