Sécurité maghrébine : Tebboune renforce l’axe algéro-tunisien

Samir Bensaid
5 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

Face aux parlementaires, Abdelmadjid Tebboune a assuré que la sécurité de l’Algérie et de la Tunisie est « indissociable ». Il a écarté toute idée de présence militaire algérienne en territoire tunisien malgré l’existence d’un accord bilatéral permettant, en cas de menace majeure, une assistance croisée.

Le chef de l’État a parallèlement défendu ses réformes économiques, rappelé l’abaissement de l’âge légal de départ à la retraite et souligné l’alignement de sa diplomatie sur trois constantes : l’autodétermination sahraouie, une solution endogène en Libye et un soutien inconditionnel à la cause palestinienne.

Contexte parlementaire et agenda intérieur

Le discours, prononcé le 30 décembre 2025 devant les deux chambres, s’inscrivait dans la tradition constitutionnelle algérienne qui veut que le chef de l’État dresse chaque fin d’année le bilan national. Abdelmadjid Tebboune y a détaillé les effets sociaux de la relance post-pandémie et du rebond du marché énergétique.

L’Élysée populaire, comme la presse d’Alger nomme volontiers la présidence, veut capitaliser sur une croissance tirée par les hydrocarbures pour accélérer la diversification industrielle. Le président a mis en avant la revalorisation du SNMG et l’élargissement de l’assurance-chômage, deux marqueurs qu’il brandit face à une jeunesse toujours plus connectée.

Un pacte sécuritaire algéro-tunisien sous les projecteurs

Au cœur de la séquence médiatique, les « révélations » d’un accord de défense ont alimenté la polémique à Tunis. Le texte prévoirait qu’en cas de péril terroriste, l’armée algérienne puisse intervenir de l’autre côté de la frontière pour sécuriser des zones névralgiques. Rien d’inédit, selon Alger, qui rappelle la coopération frontalière antérieure.

Tebboune a dénoncé « des esprits étriqués » cherchant à rompre la fraternité historique entre les deux rives. Sans citer d’États, il a pointé « certaines parties » mises en difficulté par le refus du président Kaïs Saïed de normaliser ses relations avec Israël, suggérant qu’Alger et Tunis paient leur attachement à la cause palestinienne.

En martelant que « jamais l’armée algérienne n’a foulé le sol tunisien », le dirigeant veut rassurer une opinion publique tunisienne soucieuse de souveraineté. La posture traduit l’équilibre prudent d’Alger : offrir un parapluie sécuritaire à son voisin tout en récusant toute tentation hégémonique.

Équations sahéliennes et dossiers maghrébins

Sur le Sahara occidental, Tebboune est resté fidèle à la ligne d’Alger : l’autodétermination doit passer par la consultation du peuple sahraoui. Le passage s’adresse autant à Rabat qu’aux chancelleries occidentales, alors que les initiatives onusiennes peinent à aboutir.

Abordant la Libye, il a réaffirmé que seule une solution « provenant de ses enfants » est viable. La formule résonne avec l’idée d’un processus politique national, loin des ingérences étrangères qui ont fragmenté le pays depuis 2011. Alger veut apparaître en médiateur désintéressé, garant d’une stabilité indispensable pour l’ensemble du Maghreb.

Le chef de l’État a, en outre, rappelé les liens « profonds » avec les pays sahéliens. S’ils n’étaient pas détaillés, le message vise à rassurer Niamey, Bamako ou Nouakchott sur la disponibilité d’Alger à partager renseignement et formation face à la menace djihadiste qui persiste au sud de ses frontières.

La constante palestinienne

Dernier axe répété avec force : la défense inconditionnelle de la Palestine. Pour Tebboune, la cause demeure « sacrée », et l’Algérie continuera de la porter dans les enceintes multilatérales. Cette posture, héritée de la diplomatie tiers-mondiste des années Boumédiène, sert aussi de boussole morale dans un monde à géométrie variable.

Acteurs, calendriers et perspectives

La présidence Kaïs Saïed sort confortée par le soutien algérien, tandis que les forces armées des deux pays devront traduire dans la pratique l’accord de défense. À Alger, le discours prépare le terrain du rendez-vous électoral de 2026, où Tebboune pourrait briguer un second mandat.

D’ici là, l’Algérie cherchera à transformer sa rente énergétique en influence économique, tout en gardant son rôle de vigie sécuritaire. La Tunisie, éprouvée par la crise financière, compte sur ce partenariat pour sécuriser ses frontières et attirer de nouveaux investissements maghrébins.

Scénarios pour la sécurité régionale

Trois trajectoires se dessinent. Dans le scénario optimiste, la zone frontalière se pacifie durablement grâce à des opérations conjointes et à l’essor de projets de développement. Dans l’hypothèse médiane, les relais djihadistes demeurent actifs mais contenus. Le scénario pessimiste verrait une recrudescence des violences, testant la solidité de l’accord bilatéral.

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