Ce qu’il faut retenir
Un an après avoir franchi la barre des 40 millions de tonnes de fret, le Port autonome d’Abidjan consolide sa stature de hub régional en s’attaquant au crime transnational. Trois programmes européens – WECAPS, GoGIN+ et SWAIMS – dotés de plusieurs millions d’euros, fournissent formations, équipements et appui réglementaire pour verrouiller la chaîne logistique maritime et terrestre.
- Ce qu’il faut retenir
- Offensive portuaire contre les trafics
- L’Union européenne, un partenaire stratégique
- Abidjan, laboratoire régional de sûreté
- Corridors terrestres sous surveillance
- Un maillon essentiel du golfe de Guinée
- Les défis de la formation continue
- Calendrier et acteurs clés
- Scénarios d’impact à moyen terme
- Au-delà de 2025, quelles perspectives ?
Offensive portuaire contre les trafics
Au cœur de la zone A, l’unité des sapeurs-pompiers dirigée par le colonel Amania Kouakou veille jour et nuit. Casques lustrés, tenues ignifugées, ses 71 hommes interviennent en moins de cinq minutes sur les incendies, les fuites chimiques ou les explosions, risques exacerbés par l’augmentation des cargaisons de produits très sensibles comme le nitrate d’ammonium ou le cyanure.
« Ces produits ne séjournent jamais au port ; l’enlèvement est instantané, escorté jusqu’au site de l’importateur », rappelle l’officier, soulignant des procédures désormais alignées sur le Code ISPS qui régit la sûreté portuaire mondiale.
L’Union européenne, un partenaire stratégique
L’ambassadeur Irchad Razaaly a tenu à constater, le 10 décembre 2025, l’avancée des travaux. Caméras thermiques, scanners mobiles et plateformes de partage d’informations maritimes sont cofinancés par Bruxelles. « La détection en mer de navires suspects, puis le suivi à quai, s’appuient sur des standards appliqués dans tous les grands ports du monde », a-t-il déclaré.
WECAPS renforce la gestion des risques, GoGIN+ connecte les centres de surveillance maritime de Dakar à Cotonou, tandis que SWAIMS appuie les forces navales ouest-africaines. En Côte d’Ivoire, ces trois volets s’imbriquent pour offrir une réponse intégrée – mer, port, arrière-pays – inédite dans la sous-région.
Abidjan, laboratoire régional de sûreté
Le terminal à conteneurs, exploitant un tirant d’eau de 16 mètres, reçoit désormais un flux constant de mégamax : des navires de plus de 14 000 EVP. La mutation oblige le port à passer d’une posture essentiellement commerciale à une culture de sûreté proactive, inspirée des hubs de Rotterdam ou Singapour.
Les simulateurs incendie installés dans l’ancienne base navale permettent d’entraîner chaque mois douaniers, policiers portuaires et marins ivoiriens aux scénarios NRBC – nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Une première en Afrique de l’Ouest, saluée par l’Organisation maritime internationale qui y voit « un exemple de coopération Sud-Nord réussie ».
Corridors terrestres sous surveillance
La stratégie ivoirienne ne s’arrête pas aux quais. Les corridors Abidjan-Lagos et Abidjan-Ouagadougou drainent 70 % du volume transitant par le port, selon le Conseil national des chargeurs. Des scanners fixes, alimentés par l’initiative européenne SEACOP, équiperont dès 2026 les postes de contrôle de Noé et de Ferkessédougou pour traquer armes légères, cocaïne et espèces sauvages.
Le ministère des Transports mise sur la géolocalisation des camions et la certification des entreprises de logistique pour réduire les ruptures de charge informelles, souvent point d’entrée des contrebandiers.
Un maillon essentiel du golfe de Guinée
Le golfe de Guinée a noté un recul de 46 % des actes de piraterie en 2024, selon le Bureau maritime international, mais reste la première zone mondiale d’enlèvements de marins. Les opérations menées depuis Abidjan viennent épauler celles de la marine nationale, déjà engagée au sein du dispositif régional Yaoundé Architecture.
En soutenant Abidjan, l’UE parie sur l’effet d’entraînement : le port diffuse ses bonnes pratiques à San-Pedro, Lomé ou Tema par le biais de sessions itinérantes, tandis que les centres régionaux de surveillance partagent en temps réel positions de navires, alertes et profils de cargaisons suspectes.
Les défis de la formation continue
La pluralité des acteurs – capitainerie, gendarmerie maritime, douanes, opérateurs privés – impose une formation unifiée. L’Académie régionale des sciences et techniques de la mer héberge désormais un cursus en sûreté portuaire co-labellisé par l’UE et l’Organisation internationale des douanes. Chaque promotion, composée de 25 stagiaires, alterne modules théoriques et exercices sur le terrain.
Le défi réside dans la rétention du personnel qualifié. Les ports concurrents du golfe attirent les meilleurs éléments par des salaires en devises. Abidjan travaille à des incitations financières et à la création d’un corps de carrière pour sécuriser ces compétences stratégiques.
Calendrier et acteurs clés
Le port vise la certification ISO 28000 sur la sécurité de la chaîne d’approvisionnement d’ici fin 2026. Le chantier englobe l’installation d’un système de gestion intégré, financé à hauteur de 15 millions d’euros par la Banque européenne d’investissement, et la mise à niveau du poste de commandement des opérations d’urgence.
Les partenaires ivoiriens comptent sur la Présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, assumée par le président Alassane Ouattara jusqu’en 2026, pour pousser un agenda de sûreté régionale cohérent. Abidjan abritera en mars 2026 le premier forum annuel dédié aux ports sûrs d’Afrique de l’Ouest.
Scénarios d’impact à moyen terme
Dans le scénario optimiste, Abidjan pourrait attirer 15 % de flux supplémentaires en transbordement, grâce à la confiance accrue des armateurs et compagnies d’assurance. La plateforme logistique de PK24 deviendrait un hub de consolidation vers le Sahel.
Un scénario intermédiaire table sur une stabilisation du trafic illicite à un niveau résiduel, la menace se déplaçant vers des voies terrestres transfrontalières moins contrôlées. D’où l’importance de la coopération policière régionale, inscrite dans le programme UE-Côte d’Ivoire pour la période 2024-2028.
Au-delà de 2025, quelles perspectives ?
La transition énergétique constitue le prochain front. Les terminaux pétroliers devront gérer l’arrivée de méthaniers et d’hydrogène vert, imposant de nouvelles normes de sécurité. Bruxelles étudie déjà une extension de WECAPS aux risques liés aux gaz renouvelables.
En parallèle, la Côte d’Ivoire place la dimension humaine au centre : en 2025, les femmes représentaient 12 % des effectifs techniques du port. L’objectif est d’atteindre 25 % en 2030, l’UE finançant des bourses pour des ingénieures et officiers de pont.

