Ce qu’il faut retenir
La capitale congolaise Kinshasa accueille le neuvième sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Pour Brazzaville, membre fondateur, l’évènement marque un tournant attendu, mêlant diplomatie économique, sécurité collective et ambition d’intégration régionale, après trois années sans réunion de haut niveau (RFI, 14 novembre 2023).
Avec la présidence tournante désormais confiée à la RDC, les douze États membres examinent trois corridors d’infrastructures – Lobito, Tanzanie-Burundi-RDC et Ouganda-Centrafrique – proposés comme leviers de croissance inclusifs. Brazzaville se positionne pour y articuler ses hubs fluviaux et portuaires et promouvoir sa diplomatie forestière et énergétique.
Contexte régional
Depuis la dernière rencontre ministérielle de 2020, les tensions persistantes à l’est de la RDC, les transitions politiques au Soudan et au Soudan du Sud et la montée des défis climatiques ont ralenti l’agenda de la CIRGL. L’absence de représentation rwandaise souligne la fragilité mais aussi l’urgence d’une médiation élargie.
Fort de sa neutralité reconnue, le Congo-Brazzaville a multiplié, sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, des initiatives de bons offices, notamment au Tchad et en Centrafrique. Cette expérience de facilitateur confère à Brazzaville une crédibilité recherchée pour appuyer la nouvelle séquence diplomatique ouverte à Kinshasa.
Diplomatie économique et corridors
Les tables rondes ministérielles ont mis en lumière le corridor de Lobito reliant la ceinture cuprifère congolaise à l’Atlantique via l’Angola. Brazzaville, qui modernise son port en eau profonde de Pointe-Noire, voit dans cet axe un débouché complémentaire pour ses exportations pétrolières et une occasion de capter des flux de minerais transformés localement.
Sur l’axe Tanzanie-Burundi-RDC, le pool énergétique de la plaine de la Ruzizi et la ligne ferroviaire vers Dar es-Salaam ouvrent la perspective d’un marché électrique régional. Le Congo souhaite y adosser son potentiel hydroélectrique de Sounda, offrant ainsi une solution bas carbone conforme à ses engagements climatiques déposés à la COP27.
Le projet routier Ouganda-Centrafrique, qui traverse la zone forestière du bassin du Congo, alimente également les réflexions de Brazzaville sur la protection du deuxième poumon vert de la planète. Les autorités congolaises défendent le montage d’un mécanisme régional de crédits carbone susceptible de financer l’entretien de l’infrastructure tout en préservant les écosystèmes.
Sécurité et médiation
Sur la question sécuritaire, les chefs d’État ont consacré une session spéciale à la résurgence du M23. Brazzaville, sans prendre parti, soutient la complémentarité entre l’Initiative de Luanda et la médiation qatarienne, plaidant pour un cessez-le-feu vérifiable et la réactivation du Mécanisme conjoint de vérification élargi.
La guerre civile soudanaise, théâtre d’un drame humanitaire, inquiète également la CIRGL. Les diplomates congolais valorisent la Plateforme de dialogue de Brazzaville, lancée en 2021, comme canal discret pouvant accueillir des pourparlers inter-soudanais, à l’image des missions déjà menées pour les groupes rebelles centrafricains.
Scénarios et perspectives
À court terme, les ministres chargés des Infrastructures doivent finaliser, d’ici mars 2025, une feuille de route financière intégrant les partenariats public-privé proposés par la BAD et la Banque mondiale. Brazzaville souhaite que la CEMAC y soit formellement associée afin de mutualiser les garanties souveraines et d’abaisser les primes de risque.
Sur le plan politique, l’idée d’un fonds de stabilisation, alimenté par une quotepart des recettes minières régionales, a été relancée. Le Congo-Brazzaville, riche de son expérience du Fonds bleu pour le Bassin du Congo, propose de co-piloter ce mécanisme destiné à financer la reconstruction des zones touchées par les conflits.
Les observateurs saluent la convergence d’intérêts qui s’esquisse. En faisant de la relance économique un catalyseur de paix, Kinshasa et ses partenaires, parmi lesquels Brazzaville, replacent la CIRGL dans une dynamique constructive. Reste à transformer l’élan verbal en projets concrets; le prochain sommet, prévu à Luanda, sera le premier test.

