Ce qu’il faut retenir
Le discours du 23 novembre d’Abdel Fattah al-Burhan, devant l’état-major réuni à Port-Soudan, a torpillé le nouveau plan de cessez-le-feu américain. Le chef de l’armée estime le projet « le pire jamais proposé », car il prévoit la dissolution des forces régulières sans démanteler les Forces de soutien rapide du général Hemedti, son adversaire depuis avril.
Contexte de la médiation américaine
Washington, sous l’impulsion de Donald Trump, a relancé la médiation via le Quad – États-Unis, Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis. L’envoyé spécial pour l’Afrique, Massad Boulos, mise sur la pression conjointe de ces partenaires pour enrayer un conflit qui divise la capitale et fragilise la Mer Rouge.
Les griefs de Khartoum
Pour le général al-Burhan, accepter la feuille de route reviendrait à renoncer à la chaîne de commandement historique de l’armée soudanaise. Il dénonce l’« impartialité douteuse » de l’émissaire américain et s’interroge sur l’exigence de démanteler les agences de sécurité basées à Port-Soudan, nouveau siège du gouvernement depuis le retrait de Khartoum.
Rôle du Quad dans la médiation
Le Quad se présente comme garant d’un compromis, mais il reflète aussi des intérêts hétérogènes. Riyad souhaite avant tout la stabilité du corridor Mer Rouge-Golfe. Le Caire redoute un effondrement soudanais qui réactiverait les contestations islamiques. Abou Dhabi, accusé par al-Burhan de soutenir les FSR, défend une approche sécuritaire centrée sur la lutte antiterroriste.
La question des Frères musulmans
Washington soupçonne depuis des mois une influence croissante du Mouvement islamique sur l’armée. Unwar Gargash, ex-chef de la diplomatie émiratie, rappelle sur X que « la résurgence des Frères musulmans est un sujet de préoccupation majeur ». Al-Burhan juge cette lecture inspirée par Abou Dhabi, soulignant que l’armée soudanaise demeure nationale et pluraliste.
Riposte des Forces de soutien rapide
Elbasha Tibeig, conseiller du général Hemedti, estime que « le déni par Burhan du contrôle exercé par le Mouvement islamique sur l’armée est une tentative pathétique de tromper la communauté internationale ». En résonance, la délégation FSR valorise le plan Boulos qui les maintient intacts, consolidant un équilibre de forces avantageux depuis leur percée à Khartoum.
Analyse d’experts
Pour Andreas Krieg, professeur à l’École des études de sécurité du King’s College de Londres, « il faut mettre un terme à cette campagne de diversion et utiliser l’influence d’Abou Dhabi pour imposer un cessez-le-feu ». Son propos souligne l’effet de levier potentiel des Émirats, pivot financier des FSR, mais aussi partenaire stratégique de Washington dans la lutte contre l’extrémisme.
Acteurs clés et marges de manœuvre
À Washington, l’administration cherche un succès diplomatique avant l’année électorale. Riyad et Le Caire craignent que le statu quo n’exporte l’instabilité vers la péninsule Arabique et la vallée du Nil. Abou Dhabi, lui, négocie en coulisses pour préserver ses lignes d’approvisionnement et son rôle de hub commercial régional, tout en soutenant un allié paramilitaire redouté pour sa mobilité.
Scénarios de sortie de crise
Le premier scénario table sur un ajustement du plan Boulos, incluant un calendrier de réintégration progressive des FSR dans les forces régulières. Le second repose sur une pression économique conjointe du Quad sur les deux camps pour forcer une pause humanitaire. Le troisième, le plus risqué, verrait un enlisement qui rendrait toute médiation extérieure marginale.
Perspectives
Le rejet brutal d’al-Burhan confirme que la négociation ne peut ignorer l’équation sécuritaire interne du Soudan. Tant que la méfiance autour des Frères musulmans persistera et que les parrains du Golfe joueront des stratégies distinctes, la fenêtre d’une trêve durable restera étroite. Le Quad doit donc harmoniser ses positions s’il veut transformer l’essai diplomatique en paix tangible.

