Sud-Kivu: l’accord de Washington mis à mal par les combats

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Ce qu’il faut retenir

Trois jours après la signature à Washington d’un accord censé sceller la réconciliation entre Kigali et Kinshasa, les armes n’ont pas déposé dans la plaine de la Ruzizi. Des combats intenses autour de Luvungi et au nord d’Uvira ont provoqué de nouveaux déplacements, rappelant la fragilité des engagements diplomatiques.

Contexte diplomatique

L’accord parrainé le 4 décembre par le président américain Donald Trump devait ouvrir une phase de désescalade entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, régulièrement aux prises à propos du soutien présumé de Kigali au mouvement AFC/M23. Il fait, pour l’instant, figure d’armistice théorique.

La persistance des affrontements rappelle les précédents de 2013, lorsque des déclarations de cessez-le-feu n’avaient guère arrêté la progression rebelle. Elle souligne également la difficulté pour la médiation internationale de contrôler un terrain fracturé, où chaque localité conquise ou perdue peut changer l’équation politico-militaire en quelques heures.

Calendrier des affrontements

Dans la nuit du 6 au 7 décembre, les rebelles de l’AFC/M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, ont pénétré dans Luvungi, localité vidée de sa population. Aucun soldat des Forces armées de RDC, des unités burundaises ni des miliciens Wazalendo n’y était plus visible, ont noté des témoins.

Plus au sud, les habitants de Bwegera, Luberizi et Mutarule ont fui vers Sange pendant que l’artillerie continuait de tonner. À Uvira même, relative accalmie : le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, a invité la population à la sérénité, tandis que l’armée contestait la perte de positions clefs.

Acteurs en présence

Le duel oppose principalement l’AFC/M23 et les FARDC, mais le paysage se complique avec l’engagement côté congolais de soldats burundais et de combattants Wazalendo. Cette convergence improbable traduit la volonté de Kinshasa d’ériger un front élargi contre une rébellion mobile, aguerrie et soutenue par un pays voisin stratégique.

Sur le plan narratif, les belligérants se livrent également bataille. Les FARDC dénoncent des « rumeurs des ennemis de la paix » sur les réseaux sociaux, quand l’AFC/M23 publie des images tournées dans Luvungi pour prouver son contrôle. La guerre de l’information accompagne chaque avancée ou retrait sur le terrain.

Entre les deux blocs, la société civile d’Uvira tente de garder une voix. Ses alertes sur un désastre humanitaire et sur l’étrange retrait simultané des forces congolaises et burundaises de Luvungi questionnent la chaîne de commandement et, in fine, la cohérence du dispositif loyaliste.

Enjeux humanitaires

Le Comité international de la Croix-Rouge a transporté seulement vingt-et-un blessés, dont sept enfants, vers l’hôpital d’Uvira. L’organisation souligne que l’intensité des combats rend les lignes de front quasi infranchissables, empêchant l’évacuation des civils les plus gravement touchés par les éclats d’obus.

Alors que les bombes tombent, l’afflux de déplacés vers Sange épuise les ressources disponibles. Pas de couloirs sécurisés, peu de tentes, des stocks alimentaires limités : la société civile locale redoute une crise sanitaire rapide, amplifiée par la saison des pluies et l’absence d’eau potable.

Au nord de la plaine, les villages désertés laissent derrière eux des champs non récoltés et un bétail errant, mettant en péril l’économie de subsistance. Chaque jour passé hors des terres cultivées réduit la possibilité d’un retour rapide et accroît la dépendance vis-à-vis de l’aide internationale.

Scénarios possibles

Si la trajectoire actuelle se confirme, le nouvel accord de Washington risque de rejoindre la longue liste des protocoles restés lettre morte. La reprise effective des discussions dépendra autant de la pression diplomatique américaine que de la capacité des capitales régionales à contenir leur rivalité.

Une option reste la poursuite d’une guerre d’usure limitée géographiquement mais coûteuse pour les civils, avec des prises éphémères de localités comme Luvungi. L’absence de trêve humanitaire durable creuserait encore la méfiance entre Kigali et Kinshasa, compromettant le redémarrage de projets transfrontaliers.

À contrario, un gel des positions autour de la Ruzizi pourrait offrir une fenêtre à la diplomatie, permettant au CICR d’accéder aux blessés et de stabiliser les déplacés. La crédibilité de l’accord signé sous l’égide de Donald Trump se mesurera donc dans les prochaines heures, plus encore que dans les discours.

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Abdoulaye Diop est analyste en énergie et développement durable. Diplômé en sciences de l'environnement et sciences économiques, il couvre les enjeux des hydrocarbures, les partenariats pour la transition énergétique et les grandes infrastructures panafricaines. Il suit également les impacts géopolitiques des ressources naturelles sur la diplomatie africaine.