Tensions Haftar-Égypte : l’Est libyen cherche de nouveaux parrains

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Ce qu’il faut retenir

En cette fin 2025, la coopération tactique entre le maréchal Khalifa Haftar et les Forces de soutien rapide soudanaises tend les relations avec l’Égypte, soucieuse de ses frontières sud et ouest. Sous pression du Golfe, l’homme fort de Benghazi maintient son cap malgré les remontrances du président Abdel Fattah el-Sissi.

Cartographie des tensions libyo-égyptiennes

Depuis l’été 2023, un froid s’est installé entre Le Caire et l’autoproclamée Armée nationale libyenne. L’invitation de Saddam Haftar au Caire en juin n’a pas suffi à lever les incompréhensions stratégiques. Les convois d’armes et de carburant qui quittent la Cyrénaïque vers le Darfour alimentent désormais un contentieux sécuritaire majeur.

Un engrenage soudanais capital

Le conflit entre les FSR et l’armée soudanaise fait du Fezzan une zone de transit prisée. Armes légères, drones et mercenaires empruntent les pistes sahariennes, selon les services égyptiens. Pour Le Caire, l’existence d’un corridor libyen affaiblit la stabilité du Soudan, laquelle conditionne celle de la vallée du Nil, rappelle la présidence.

Le poids croissant des soutiens du Golfe

Abou Dhabi, principal bailleur de la force de Benghazi, pousserait Haftar à poursuivre son engagement soudanais, voyant là un moyen d’endiguer la montée en puissance de Khartoum. Riyad, en rivalité avec les Émirats au Yémen, observe la scène libyenne avec prudence tandis que Doha reconstitue discrètement ses réseaux tripolitains.

Le Caire redéfinit sa posture libyenne

Le 8 décembre, el-Sissi a convoqué Haftar et ses fils au palais présidentiel. Le message a été clair : la sécurité du Soudan ne saurait être négociée. Quelques jours plus tard, le vice-chef du renseignement égyptien menait des pourparlers à Tripoli avec le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, signe qu’Égypte possède d’autres options d’ancrage en Libye.

Tripoli entre dans l’équation régionale

Pour le gouvernement d’unité nationale, la visite égyptienne représente une ouverture diplomatique inespérée. Tripoli rappelle qu’elle peut offrir à l’Égypte un accès aux marchés occidentaux libyens – gaz, reconstruction, main-d’œuvre – à condition que Le Caire ne cautionne plus les avancées militaires de la Cyrénaïque.

Regards croisés d’analystes

Plusieurs observateurs libyens estiment que Haftar instrumentalise la rivalité Égypte-Émirats pour monnayer un appui financier accru. « Le maréchal teste les limites de ses parrains », explique un chercheur de Benghazi. Côté égyptien, on juge la manœuvre risquée : une rupture totale priverait Haftar d’une profondeur stratégique sur la frontière commune.

Scénarios pour 2026

Premier scénario : Haftar maintient son soutien aux FSR, misant sur la lassitude égyptienne et le parapluie émirati. Deuxième : Le Caire diversifie ses leviers en appuyant Tripoli et en renforçant la surveillance frontalière, obligeant Haftar à composer. Troisième : une médiation conjointe Arabie saoudite-Algérie conduit à un compromis sécuritaire tripartite.

Calendrier diplomatique à suivre

Début février 2026, la réunion des chefs de renseignement arabo-africains au Caire pourrait offrir un espace de désescalade. En mars, la Ligue arabe doit statuer sur la crise soudanaise ; toute résolution mentionnant la Libye serait perçue comme un avertissement à Benghazi. Enfin, la conférence de stabilisation de Tripoli, prévue en mai, testera la solidité des nouvelles alliances d’el-Sissi.

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Abdoulaye Diop est analyste en énergie et développement durable. Diplômé en sciences de l'environnement et sciences économiques, il couvre les enjeux des hydrocarbures, les partenariats pour la transition énergétique et les grandes infrastructures panafricaines. Il suit également les impacts géopolitiques des ressources naturelles sur la diplomatie africaine.