Togo : l’ONU alerte sur l’Irlandais Aziz Goma en danger

Jean-Baptiste Ngoma
5 mn de lecture

Ce qu’il faut retenir

Le défenseur des droits humains Abdoul Aziz Goma, qui possède la nationalité irlandaise, est incarcéré depuis près de sept ans à Lomé. En grève de la faim depuis le 8 novembre, il aurait perdu plus de dix kilos et a été hospitalisé, selon les informations confirmées par l’ONU (RFI, 15 novembre 2023).

Une grève de la faim alarmante

Mary Lawlor, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, a indiqué que l’activiste ne pèse plus que cinquante kilos. Son équipe s’inquiète d’un possible arrêt cardiaque si l’alimentation forcée n’est pas écartée, une pratique contraire aux standards internationaux de traitement des détenus (ONU).

Sept années de détention jugées arbitraires

En 2023, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a estimé que la privation de liberté d’Aziz Goma violait plusieurs articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le gouvernement togolais n’a pour l’instant ni libéré ni rejugé le militant, malgré les avis onusiens.

Contexte

Arrêté en 2018 lors d’une vague de manifestations antigouvernementales, l’activiste avait dénoncé l’usage présumé de la torture pendant ses interrogatoires. Les autorités judiciaires l’accusent d’atteinte à la sûreté de l’État. Ses soutiens, en Irlande et au sein de la diaspora togolaise, contestent la qualification pénale et pointent un climat répressif à l’égard de la société civile.

Acteurs

Outre Mary Lawlor, plusieurs ONG comme Amnesty International et Front Line Defenders relaient la situation du détenu. À Dublin, des parlementaires irlandais ont interpellé le ministère des Affaires étrangères pour obtenir la protection consulaire. À Lomé, le ministère de la Justice affirme respecter les procédures légales et se dit ouvert aux « clarifications techniques » avec l’ONU.

Les arguments de Lomé et la pression internationale

Le gouvernement assure que les tribunaux togolais sont compétents pour statuer sur l’affaire Goma et rappelle que les décisions internationales ne sont pas contraignantes. En retour, la rapporteuse spéciale invoque l’article 26 de la Constitution togolaise, qui intègre directement les traités internationaux. L’équilibre entre souveraineté judiciaire et obligations multilatérales s’en trouve fragilisé.

Calendrier

Depuis 2020, quatre communications officielles ont été adressées par l’ONU à Lomé. La dernière, datée du 13 novembre 2023, exige une réponse sous soixante jours. Dans l’intervalle, Abdoul Aziz Goma poursuit son jeûne. Ses avocats ont introduit une nouvelle requête de liberté provisoire, qui devrait être examinée avant la fin de l’année judiciaire en cours.

Quels recours pour Abdoul Aziz Goma ?

La défense privilégie désormais la stratégie combinée : saisir simultanément la Cour de justice de la CEDEAO, compétente pour juger les violations des droits humains, et agiter la menace de sanctions ciblées par l’Union européenne. Cette double approche vise à accroître le coût politique d’un statu quo pour les autorités togolaises.

Scénarios

Dans l’hypothèse d’une libération humanitaire, Lomé gagnerait un répit diplomatique à peu de frais tout en envoyant un signal d’ouverture. Un refus prolongé, surtout en cas de détérioration irréversible de la santé du militant, pourrait alimenter un regain de mobilisation de la diaspora et ternir l’image du Togo à l’ONU et sur les marchés internationaux.

Implications pour la diplomatie togolaise

Le Togo cultive depuis plusieurs années une image de médiateur régional, notamment au Sahel et au Burkina Faso. L’affaire Goma pourrait compliquer ce positionnement si les partenaires occidentaux estiment que Lomé peine à aligner ses pratiques internes sur les normes qu’il défend à l’extérieur. Un test de cohérence pour la diplomatie togolaise.

Conclusion stratégique

La situation d’Abdoul Aziz Goma place le gouvernement togolais face à un dilemme entre impératif humanitaire, respect des engagements internationaux et affirmation d’une justice souveraine. Le sort du défenseur irlando-togolais dépendra autant de la dynamique interne des réformes judiciaires que de l’intensité de la pression diplomatique orchestrée par l’ONU et les partenaires bilatéraux.

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Jean-Baptiste Ngoma est éditorialiste économique. Diplômé en économie appliquée, il suit les grandes tendances du commerce intra-africain, les réformes structurelles, les dynamiques des zones de libre-échange et les flux d’investissements stratégiques. Il décrypte les enjeux macroéconomiques dans une perspective diplomatique et continentale.