Ce qu’il faut retenir
Christophe Gleizes, collaborateur de So Foot et Society, a déposé le 14 décembre un pourvoi en Cassation contre la peine de sept ans de réclusion confirmée le 3 décembre par la cour d’appel de Tizi Ouzou (AFP, 14 décembre).
Seul journaliste français actuellement détenu à l’étranger, il est poursuivi pour « apologie du terrorisme » après un reportage sur la Jeunesse Sportive de Kabylie et des échanges supposés avec des sympathisants du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé terroriste en Algérie.
Un pourvoi au parfum de bras de fer judiciaire
Le pourvoi ouvre une troisième voie de recours qui pourrait, si la Cour suprême relevait des vices de procédure ou d’interprétation, aboutir à un nouveau procès devant une juridiction de renvoi. Selon ses conseils, « l’enjeu est de faire reconnaître le caractère journalistique de ses contacts » (communiqué de Me Bakouri, 14 décembre).
La Cour suprême n’examine pas le fond mais la forme. Les avocats espèrent démontrer que l’incrimination d’apologie repose sur des preuves numériques contestées et sur une définition trop large de la menace terroriste, au mépris des garanties inscrites dans le code pénal algérien révisé en 2021.
Les leviers diplomatiques franco-algériens à l’épreuve
Dès la confirmation de la peine, le président Emmanuel Macron a jugé la sanction « excessive » et « injuste », promettant d’agir pour « trouver une issue favorable ». Paris invoque la protection consulaire et des échanges réguliers entre chancelleries pour obtenir la libération rapide du reporter.
Alger, pour sa part, rappelle la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice, tout en soulignant sa disponibilité au dialogue. Le précédent de la grâce accordée à l’écrivain Boualem Sansal en novembre, saluée par les deux capitales, offre un précédent rassurant pour les soutiens de Gleizes.
Contexte
L’arrestation de Gleizes, le 28 mai 2024, s’inscrivait dans une phase de crispation bilatérale marquée par le rappel des ambassadeurs et des expulsions croisées. Les griefs d’Alger portaient alors sur des « ingérences médiatiques » françaises et sur la couverture jugée partiale des questions mémorielles et sécuritaires.
Le procès de première instance, fin juin, s’était déroulé au plus fort de cette tension. Depuis, la relance du dialogue politique et la coopération énergétique ont apaisé l’atmosphère, mais l’affaire Gleizes reste un point de vigilance dans l’agenda diplomatique de part et d’autre de la Méditerranée.
Calendrier
Le dépôt du pourvoi le 14 décembre déclenche un délai d’instruction pouvant aller de trois à six mois. La Cour suprême pourrait statuer avant l’été 2025. En parallèle, les avocats ont introduit une demande de liberté conditionnelle, examinée au premier trimestre. Les hypothèses de grâce présidentielle ou d’amnistie restent ouvertes à tout moment.
Acteurs
Outre les conseils de Gleizes, Emmanuel Daoud et Amirouche Bakouri, le dossier mobilise la cellule diplomatique de l’Élysée, la direction consulaire du Quai d’Orsay, ainsi que la présidence algérienne. Reporters Sans Frontières dénonce « une décision aberrante » et rappelle que dix journalistes algériens sont actuellement poursuivis dans le pays.
Enjeux de liberté de la presse et lutte antiterroriste
Pour RSF, l’affaire illustre « la criminalisation croissante du travail journalistique » au Maghreb. Les autorités algériennes, elles, soulignent la nécessité de réprimer toute complaisance envers des organisations qualifiées de terroristes par le Conseil de sécurité nationale.
La frontière entre devoir d’enquête et atteinte à la sécurité de l’État nourrit un débat plus large sur l’équilibre entre libertés fondamentales et impératif sécuritaire, à l’heure où Alger s’implique dans la lutte régionale contre la mouvance jihadiste au Sahel et renforce son arsenal législatif.
Scénarios de sortie de crise
Premier scénario : la Cour suprême casse l’arrêt d’appel et renvoie l’affaire, permettant une éventuelle réduction de peine ou l’acquittement. Cette option, jugée plausible par les avocats, s’appuierait sur des irrégularités de procédure.
Second scénario : le pourvoi est rejeté. Gleizes pourrait alors purger sa peine, tout en espérant une mesure de clémence d’Abdelmadjid Tebboune, présentée par les proches comme « le débouché le plus rapide et le moins conflictuel » pour refermer un chapitre délicat des relations franco-algériennes.

