Unesco 2025: Matoko face à El-Enany, défi diplomatique

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Contexte : une élection sous le signe de l’Afrique

Pour la première fois, la course à la direction générale de l’Unesco se résume à un duel exclusivement africain. À la mi-novembre 2025, les États membres choisiront le successeur d’Audrey Azoulay, arrivée au terme de deux mandats. Le choix entre le Congolais Edouard Firmin Matoko et l’Égyptien Khaled El-Enany concentre l’attention des capitales, qui y voient un test des capacités de leadership continental.

Le fait que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture soit convoitée par deux personnalités africaines renforce l’idée d’un moment charnière pour la diplomatie culturelle du continent. Depuis plusieurs années, l’Afrique plaide pour une plus grande représentation à la tête des institutions spécialisées de l’ONU. L’élection à venir incarne cette aspiration à la reconnaissance et à la coresponsabilité mondiale.

Calendrier et règles du scrutin

La procédure est balisée : le Conseil exécutif auditionnera les candidats avant de soumettre un nom à la Conférence générale. Le vote final interviendra au plus tard à la mi-novembre 2025. Chaque État dispose d’une voix, ce qui place la recherche d’alliances régionales et thématiques au cœur des campagnes diplomatiques.

Les équipes des deux prétendants sillonnent déjà discrètement les couloirs onusiens pour assurer des soutiens écrits. Les blocs électoraux – Afrique, Groupe arabe, Europe, Asie-Pacifique et Amériques – pèseront de façon décisive. Dans ce jeu d’équilibres, les signaux envoyés par Brazzaville comme par Le Caire aux partenaires du Sud et du Nord seront scrutés jusqu’au dernier moment.

Atouts stratégiques d’Edouard Firmin Matoko

Originaire de Brazzaville, Edouard Firmin Matoko mise sur l’expérience internationale de la République du Congo, souvent saluée pour son engagement en faveur du multilatéralisme. Son parcours au sein d’instances culturelles, doublé d’une réputation de consensus, nourrit l’argument d’une continuité apaisée pour l’agence onusienne.

La diplomatie congolaise s’appuie sur la stabilité institutionnelle du pays et sur la priorité accordée depuis deux décennies à l’éducation et à la sauvegarde des patrimoines, notamment forestiers. Brazzaville entend porter une vision conciliant diversification économique, préservation culturelle et gouvernance inclusive, autant de thèmes alignés avec les agendas de l’Unesco.

Les leviers de Khaled El-Enany

Ancien ministre égyptien, Khaled El-Enany se prévaut de la notoriété mondiale du patrimoine pharaonique et des grands chantiers muséaux du Caire. Son message insiste sur la capacité de l’Égypte à connecter protection patrimoniale et rayonnement scientifique, dans la continuité de son millénaire d’histoire.

Le Caire mobilise le dynamisme de l’axe afro-arabe et la dimension panafricaine de la culture nilotique pour fédérer au-delà de son environnement immédiat. Dans les cercles diplomatiques, l’argument d’une alternance géographique est également évoqué, certains partenaires estimant que l’Afrique francophone a déjà obtenu plusieurs fonctions de premier plan ces dernières années.

Scénarios et équilibres géopolitiques

La configuration à deux candidats simplifie la lecture mais augmente la sensibilité de chaque vote. Un soutien massif du continent pourrait faire la différence ; encore faudra-t-il éviter une fracture entre sous-régions. Les diplomates notent que la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, à laquelle appartient le Congo, pourrait rallier d’autres ensembles sous-régionaux autour d’un compromis.

De leur côté, les partenaires extracontinentaux mesurent l’intérêt d’une direction générale africaine pour améliorer l’équilibre Nord-Sud au sein de l’Unesco. Plusieurs observateurs anticipent un dernier tour serré, chaque camp comptant sur des ralliements de fin de campagne. « Les deux candidats rassurent par rapport à leurs capacités à diriger », souligne l’essayiste sénégalais Abdou Latif Coulibaly, joint à Dakar, résumant l’état d’esprit du moment.

Quel que soit le résultat, le duel Matoko-El-Enany conforte la montée en puissance des diplomaties africaines dans l’arène multilatérale. Pour Brazzaville, l’épreuve permet déjà d’accroître sa visibilité et de projeter une image de partenaire constructif, en phase avec les priorités globales de développement culturel et éducatif.

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Ahmed Mohamed est analyste des relations internationales. Il couvre les sommets internationaux, les réformes des institutions multilatérales, et les nouveaux équilibres diplomatiques impliquant l’Afrique à l'international.