Le réalignement stratégique du Kenya face au retrait des États-Unis et à l’ascension de la Chine

En avril 2025, la visite d'État du président kényan William Ruto en Chine a marqué un pivot important dans la politique étrangère du Kenya, reflétant les évolutions plus larges de la géopolitique mondiale. Parallèlement, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont entrepris des réductions substantielles de l'aide étrangère, notamment en démantelant des agences telles que l'USAID et la Millennium Challenge Corporation. Cet article examine les implications de ces développements, en analysant le réalignement stratégique du Kenya vers la Chine et les conséquences plus larges pour les pays africains qui naviguent dans le paysage international en évolution.

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Le paysage géopolitique mondial subit une transformation profonde, caractérisée par des alliances changeantes et des priorités redéfinies. Nulle part cette évolution n’est plus évidente qu’en Afrique, où des pays comme le Kenya réévaluent leurs orientations en matière de politique étrangère en réponse aux dynamiques changeantes entre les grandes puissances. La récente visite d’État du président kényan William Ruto en Chine, juxtaposition du retrait des États-Unis de leur engagement en Afrique, souligne un moment crucial dans la trajectoire diplomatique du continent.

Le pivot stratégique du Kenya vers la Chine : La visite de cinq jours à Pékin du président Ruto en avril 2025 a marqué un acte délibéré visant à renforcer les liens avec la Chine. Au cours de cette visite, le Kenya et la Chine ont signé 20 accords couvrant des secteurs comme l’infrastructure, le commerce, l’éducation et l’économie numérique. Notamment, la Chine a promis de financer la reconstruction de projets d’infrastructure essentiels, y compris le pont Nithi et l’extension du chemin de fer à écartement standard jusqu’à la frontière ougandaise. Ces engagements s’inscrivent dans le cadre de l’Initiative Ceinture et Route de la Chine, visant à améliorer la connectivité et l’intégration économique à travers l’Afrique.

Les déclarations du président Ruto lors de la visite ont mis en avant le désir d’apprendre du modèle de développement et des structures de gouvernance de la Chine. Il a souligné l’importance de la coopération Sud-Sud et critiqué l’ordre mondial existant, qualifiant le Conseil de sécurité des Nations Unies de « cassé » et avertissant que des actions unilatérales, telles que les tarifs douaniers des États-Unis, pourraient infliger des dommages durables au système international.

Le retrait des États-Unis et ses implications : Contrairement à l’engagement croissant du Kenya avec la Chine, les États-Unis ont entamé un retrait significatif de leur rôle traditionnel dans le développement africain. La décision de l’administration Trump de démanteler l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la Millennium Challenge Corporation (MCC) a conduit à l’arrêt de nombreux programmes d’aide à travers le continent.

La réduction des opérations de l’USAID de 83 %, les fonctions restantes étant absorbées par le Département d’État, a perturbé des efforts humanitaires cruciaux. Dans des pays comme le Soudan et l’Afrique du Sud, la cessation brutale de l’aide a exacerbé les crises existantes, y compris l’insécurité alimentaire et la résurgence de maladies telles que le VIH/SIDA. La fermeture de la MCC signale également un retrait de l’investissement dans les infrastructures, cédant du terrain à d’autres acteurs mondiaux.

Ces changements de politique reflètent la doctrine « America First » de l’administration Trump, qui priorise les intérêts nationaux sur les engagements internationaux. Le vide créé par le retrait de l’aide et du soutien au développement a incité les pays africains à rechercher des partenariats alternatifs, la Chine émergeant comme un bienfaiteur de choix.

Le contexte géopolitique plus large : La divergence entre les stratégies d’engagement des États-Unis et de la Chine en Afrique illustre une compétition plus large pour l’influence sur le continent. L’approche de la Chine, caractérisée par des investissements massifs dans les infrastructures et une politique de non-ingérence, séduit les dirigeants africains qui recherchent des résultats tangibles de développement sans conditionnalités. En revanche, le retrait récent des États-Unis a suscité des inquiétudes concernant leur engagement à long terme dans le développement et la gouvernance africains.

Le réalignement du Kenya vers la Chine est emblématique d’une tendance plus large parmi les pays africains qui réévaluent leurs partenariats étrangers. Ce virage souligne l’importance d’un engagement fiable et cohérent de la part des grandes puissances mondiales, ainsi que l’agence des États africains dans la définition de leurs trajectoires de développement.

Le réalignement stratégique du Kenya vers la Chine, dans le contexte du retrait des États-Unis, met en lumière la nature dynamique des relations internationales au XXIe siècle. Alors que les pays africains naviguent dans ce paysage en évolution, leurs choix influenceront de manière significative l’avenir du continent. Pour la communauté internationale, ces développements soulignent la nécessité de partenariats durables, respectueux et mutuellement bénéfiques avec les États africains, reconnaissant leur souveraineté et leurs aspirations.

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